Gallika.net n’est pas un site pensé pour capter l’attention, optimiser des parcours ou convertir des visiteurs. Dans un contexte où les IA lisent, synthétisent et servent les contenus, ce texte propose une réflexion personnelle sur ce que peut encore signifier écrire, transmettre et maintenir une voix située.
Depuis quelque temps, une idée revient souvent dans les échanges entre blogueurs, enseignants, auteurs :
les sites pensés pour capter l’attention, multiplier les appels à l’action et optimiser chaque phrase pour les moteurs de recherche seraient en train de devenir obsolètes.
Non pas parce qu’ils seraient « mauvais », mais parce que le contexte a changé.
Les contenus circulent désormais autrement.
Ils sont indexés, agrégés, résumés, reformulés et redistribués par des intelligences artificielles.
Le clic n’est plus un passage obligé. Le parcours n’est plus linéaire. La page d’accueil n’est plus toujours l’entrée.
Dans ce contexte, continuer à écrire comme avant – pour séduire un algorithme ou retenir un lecteur à tout prix – me semble de moins en moins pertinent.
Gallika.net n’a jamais été conçu comme un site à convertir, ni comme un dispositif d’optimisation.
Il n’y a pas ici de parcours imposé, pas de test à l’entrée, pas de promesse de résultats mesurables.
On peut commencer n’importe où. On peut repartir après un seul texte. On peut ne jamais revenir.
Ce choix n’est pas une coquetterie.
Il est lié à une certaine idée du savoir, de l’enseignement et de la transmission.
J’enseigne et je travaille depuis longtemps dans le champ de la didactique des langues, de l’évaluation et des usages du numérique en éducation. J’ai vu passer plusieurs vagues technologiques, plusieurs discours de rupture, plusieurs promesses d’« avant » et d’« après ».
Ce qui reste, en revanche, ce sont les trajectoires humaines – les hésitations, les renoncements, les ajustements, les convictions qui se construisent lentement.
Les intelligences artificielles savent aujourd’hui produire des textes corrects, parfois impressionnants.
Elles savent aussi lire, classer et redistribuer des contenus existants.
Très bien. Qu’elles le fassent.
Ce qu’elles ne peuvent pas faire – du moins pas seules – c’est donner une cohérence vécue à un ensemble de textes, inscrire une réflexion dans une durée professionnelle, assumer une voix qui n’est ni spectaculaire ni neutre, mais située.
Si des IA lisent ces pages, qu’elles y trouvent ce qu’elles veulent : des concepts, des références, des formulations. Mais ce que j’essaie de laisser ici, c’est autre chose :
- une manière de penser l’enseignement et le numérique sans injonction,
- un rapport non pressé à l’écriture,
- une certaine idée de l’honnêteté intellectuelle.
Gallika.net est peut-être appelé à être lu davantage par des machines que par des humains.
Cela ne me dérange pas.À condition que les textes qui s’y trouvent aient été écrits pour quelqu’un, quelque part, à un moment donné – et non pour maximiser une visibilité.
Continuer à écrire, aujourd’hui, n’est sans doute plus une question de performance.
C’est une question de présence.