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Les manuels de fle et le CECR

La série Le tour de France, d’Europe, du Monde et le CECR.

Après la publication en 2002 du Cadre Européen Commun de Références pour les langues : Apprendre, Enseigner, Évaluer (CECR) et son immense succès, tous les auteurs de manuels actuels destinés à l’enseignement d’une langue étrangère en Europe essaient de se conformer à la philosophie et aux recommandations du livre, et notamment les auteurs de manuels de Français Langue Étrangère.

La série Le tour de France, d’Europe, du Monde et le CECR

La série Le tour de France, d’Europe, du Monde ne fait pas exception à cette norme devenue européenne qui est en train de se mondialiser et ses auteurs ont fait leurs la philosophie et la méthodologie préconisées par le Cadre.

La philosophie toute entière du CECR tient en une phrase : « C’est seulement par une meilleure connaissance des langues vivantes européennes que l’on parviendra à faciliter la communication et les échanges entre Européens de langue maternelle différente et, partant, à favoriser la mobilité, la compréhension réciproque et la coopération en Europe et à éliminer les préjugés et la discrimination. » (p. 10)

Autrement dit, l’ambition majeure du CECR est de faire de l’élève (qu’il appelle apprenant/utilisateur/usager) un véritable citoyen européen respectueux de tous les devoirs que suppose le concept de citoyenneté démocratique : observation des lois démocratiques, respect de l’autre, etc. Cet apprentissage de la citoyenneté démocratique passe par celui des langues étrangères et ce double apprentissage est d’autant plus important qu’avec le développement de l’Europe, l’apprenant sera sans doute amené à se déplacer en Europe pour des raisons professionnelles ou privées, voire à changer de pays pour travailler.

Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que les auteurs du Cadre insistent autant sur des notions comme :
 l’interculturalité (les rapports entre cultures différentes),
 le plurilinguisme (le fait de parler plusieurs langues),
 l’interaction (les échanges oraux et écrits entre personnes),
 l’élève d’aujourd’hui, l’adulte de demain, étant dans l’obligation de parler plusieurs langues et d’apprécier à leur juste mesure des modes de pensée et des comportements qui ne sont pas les siens.

Le Cadre

Dans cette optique, qu’entend le Cadre par : apprendre, enseigner, évaluer ?

Apprendre pour un élève, c’est
 être conscient de l’importance des langues étrangères et s’impliquer,
 être ouvert à la culture de la langue qu’il étudie,
 devenir un homme d’action et, pour cela, mettre en œuvre ses compétences individuelles (sa connaissance du monde, sa personnalité, ses savoir-faire acquis en langue maternelle),
 être motivé, avoir envie de réussir et d’être autonome.

Enseigner pour un professeur, c’est :
 évaluer les besoins des élèves, notamment dans l’avenir et se donner, en conséquence, des objectifs précis,
 connaître les contenus proposés par le Cadre à chaque niveau de l’apprentissage : A1 (niveau débutant), A2, B1, B2, C1, C2 (niveau proche du natif),
 considérer l’apprenant comme un acteur social,
 baser son enseignement sur l’approche actionnelle qui voit dans l’apprenant un acteur social en lui proposant de véritables tâches dans des contextes variés, professionnels et privés (se présenter, téléphoner pour prendre un rendez-vous, lire une notice d’utilisation, rédiger un article, etc.),
 apprendre à l’élève à utiliser toutes ses ressources personnelles et le doter de véritables stratégies pour réaliser les tâches,
 doter l’apprenant de compétences langagières et culturelles grâce aux activités qu’on lui propose en compréhension, expression, interaction et médiation (traduction),
 tout mettre en œuvre pour faciliter l’autonomie de l’apprenant et favoriser un auto-apprentissage,
 avoir une vision positive de l’apprenant en valorisant ses erreurs et en évitant de parler de fautes.

Évaluer pour un professeur, c’est :
 ne pas se contenter de mettre des notes,
 ajuster en permanence son enseignement aux objectifs qu’il s’est fixés, compte tenu des résultats de ses élèves,
 favoriser l’autoévaluation.

Une conformité évidente

Cela dit, les manuels de la série Le tour de France, d’Europe, du Monde se conforment-ils aux recommandations du CECR ? Sont-ils des moyens susceptibles d’aider efficacement apprenants et enseignants dans leurs rôles respectifs ?

1. Les auteurs de la série privilégient la notion d’interculturalité - et dépassent même les recommandations du Conseil de l’Europe puisque le 3e manuel initient les élèves à des cultures aussi différentes que la chinoise ou la mexicaine. Ils cherchent ainsi à sensibiliser les élèves au dialogue interculturel aux niveaux européen et mondial :
 Les deux héros de la série sont de nationalités différentes (Alex est français, Sophie est grecque).
 Chacun apprend la culture de l’autre (Sophie en France, Alex en Grèce).
 Ils font le tour de France, d’Europe, puis du Monde, rencontrent des garçons et des filles de leur âge et constatent que les modes de vie sont différents en matière d’enseignement (l’école au Japon) de cuisine (la bouillabaisse à Marseille, les moules aux frites à Bruxelles...), de sports (le cheval en Pologne, les arts martiaux japonais), de jeux (la course au trésor en Suède, le cerf-volant en Chine), de santé (le sauna en Estonie), de tenue vestimentaire (dans un pays arabe comme le Maroc)...

Ils incitent les élèves au plurilinguisme en introduisant des mots de langues européennes (« tere », « bonjour » en estonien, « tack », « merci » en suédois, « chiquita », « petite fille » en espagnol)...

Ils cherchent à les initier au patrimoine historique et culturel des pays visités - histoire de la conquête de l’Espace (par la Russie et les États-Unis), monuments (comme ceux de Paris, de Copenhague), sites archéologiques (du Mexique), ouvrages célèbres (les contes d’Andersen) - ainsi qu’à l’histoire contemporaine (développement spectaculaire de la Chine, puissance économique du Japon),

Ils sensibilisent aux questions écologiques (déforestation en Amazonie).

En un mot, dépassant le cadre étroit de l’enseignement, ils veulent non seulement doter l’apprenant de connaissances langagières mais également créer chez lui une véritable conscience interculturelle.

2. L’interaction est omniprésente dans la série
 à l’oral :

  • dans les exercices de préparation aux jeux de rôles : « Présentez votre voisin(e) »,
  • dans les jeux de rôles,

 à l’écrit en compréhension et expression dans les mails, les lettres, les cartes postales, le journal de voyage, etc. à lire, compléter, rédiger.

3. Pour faire de l’apprenant un homme d’action, les manuels, prenant en compte ses connaissances individuelles,
 sollicitent en permanence

  • son sens de l’observation (étape obligatoire avant l’action),
  • son intelligence notamment en grammaire qui privilégie l’approche inductive sur la déductive (reconnaissance d’un fait grammatical par l’observation, exercices de contrôle, énonciation de la règle si nécessaire),
     prennent en compte les différences linguistiques entre le français et le grec (par exemple, en phonétique - sons inconnus -, en grammaire - fonctionnement différent des adjectifs possessifs),
     lui donnent les aides extérieures (préconisées par le CECR), pour réaliser les tâches (exercices de préparation aux jeux de rôles, tâches d’expression écrite facilitées par celles de compréhension écrite),
     essaient de le motiver, compte tenu de son âge (amitié entre un garçon et une fille, découverte des modes de vie d’autres adolescents, présence du monde imaginaire et fantastique à travers les légendes, les contes, le cinéma),
     cherchent à le rendre autonome (tous les exercices prévus permettent à l’apprenant de réaliser, seul, les tâches en compréhension et production).

4. Pour aider le professeur dans sa démarche quotidienne, les manuels
 prévoient, unité par unité, des objectifs précis indiqués dans le tableau des contenus,
 privilégient l’étude et la pratique du fonctionnement de la langue sur celle du lexique (une surabondance de lexique risque en début d’apprentissage de focaliser l’attention de l’apprenant sur l’acquisition du vocabulaire et, ainsi, de gêner celle des actes de langage),
 proposent des stratégies à l’oral comme à l’écrit :

  • les nombreuses illustrations sont autant d’aides à la compréhension d’un mot, d’un dialogue, à la réalisation d’une tâche,
  • la programmation permet une acquisition graduelle des connaissances (par exemple dans Le tour de France, l’étude des vêtements masculins et féminins est répartie sur deux unités),
  • les exercices qui suivent la découverte des dialogues (page Je comprends) permettent de comprendre les dialogues et de découvrir les faits linguistiques nouveaux sans que l’enseignant ait besoin de se lancer dans de longues explications,
  • De même, l’approche grammaticale préconisée lui évite toute explication superflue,
  • les tâches en compréhension et expression - qui sont toujours proposées en fin d’unité - reprennent systématiquement les contenus étudiés précédemment (en termes de lexique, grammaire, structures, actes de langage),
  • la progression en spirale, avec ses effets d’aller-retour, permet de réviser et fait l’économie d’une unité consacrée à la révision,
  • etc.

5. Pour aider le professeur à évaluer les résultats de ses élèves, les manuels proposent à chaque niveau :
 des bilans (toutes les trois unités),
 12 tests à photocopier dans le guide pédagogique,
 des autoévaluations (toutes les trois unités) dans le cahier d’exercices.


4 Commentaires

  1. M.C.

    Oui, d’ accord, mais ce n’est pas si simple que ça d’attribuer ces éléments à ce manuel. Il faut en donner des exemples sur l’ interculturalité et l’ interaction dans cette méthode.
    M.C.

  2. Jean-Pierre Robert

    L’interculturalité et l’interaction sont omniprésentes dans la série « le tour de .... »

    1. Les auteurs de la série privilégient la notion d’interculturalité - et dépassent même les recommandations du Conseil de l’Europe puisque le 3e manuel initient les élèves à des cultures aussi différentes que la chinoise ou la mexicaine. Ils cherchent ainsi à sensibiliser les élèves au dialogue interculturel aux niveaux européen et mondial :
      Les deux héros de la série sont de nationalités différentes (Alex est français, Sophie est grecque).
      Chacun apprend la culture de l’autre (Sophie en France - Tour de France - , Alex en Grèce - Tour d’Europe, unités 1 et 2).
      Ils font le tour de France, d’Europe, puis du Monde, rencontrent des garçons et des filles de leur âge et constatent que les modes de vie sont différents en matière d’enseignement (l’école au Japon), de cuisine (la bouillabaisse à Marseille, les moules aux frites à Bruxelles...), de sports (le cheval en Pologne, les arts martiaux japonais), de jeux (la course au trésor en Suède, le cerf-volant en Chine), de santé (le sauna en Estonie), de tenue vestimentaire (dans un pays arabe comme le Maroc)...
    A cela, il faut ajouter les pages civilisation où sont traitées les différences culturelles (entre la France et la Grèce dans le Tour de France), où sont apportées des informations culturelles sur chaque pays visité dans les tours d’Europe et du Monde.

    Les auteurs incitent les élèves au plurilinguisme en introduisant des mots de langues européennes (« tere », « bonjour » en estonien, « tack », « merci » en suédois, « chiquita », « petite fille » en espagnol)...

    Ils cherchent à les initier au patrimoine historique et culturel des pays visités - histoire de la conquête de l’Espace (par la Russie et les États-Unis), monuments (comme ceux de Paris, de Copenhague), sites archéologiques (du Mexique), ouvrages célèbres (les contes d’Andersen) - ainsi qu’à l’histoire contemporaine (développement spectaculaire de la Chine, puissance économique du Japon).
    Enfin, ils sensibilisent aux questions écologiques (déforestation en Amazonie).

    En un mot, dépassant le cadre étroit de l’enseignement, ils veulent non seulement doter l’apprenant de connaissances langagières mais également créer chez lui une véritable conscience interculturelle.

    2. L’interaction est omniprésente dans la série
    ▪ à l’oral :
      dans les exercices de préparation aux jeux de rôles (où l’on fait travailler l’apprenant sur une ou des formulations d’actes de parole) : « Présentez votre voisin(e) »,
      dans les jeux de rôles,
    ▪ à l’écrit en compréhension et production dans les mails, les lettres, les cartes postales, le journal de voyage, etc. à lire, compléter, rédiger... notamment en production puisque chaque activité de production est le plus souvent une réponse à apporter à un message étudié en compréhension : Voir à titre d’exemple l’unité 5 du Tour de France :
     Activité en compréhension : texte qui relate la vie d’un jeune magicien, Stan Baker.
     Activité d’expression :
    a) Remplir la fiche d’identité de Stan Baker,
    b) Compléter l’interview accordée à un journaliste par Stan Baker.

    Mytaloulis Constantin

    Merci de votre réponse immédiate et de votre réaction rapide ! Je ne m’attendais pas à cette analyse . Vous avez ainsi justifié votre critique. A propos avez-vous une image globale d’autres manuels qui sont enseignés ou circulent en Grèce ?
    Permettez-moi de me présenter, je m’appelle Mytaloulis Constantin prof de français et je m’intéresse aux manuels , aux représentations et aux stéréotypes dans ces méthodes.

    Jean-Pierre Robert

    Je connais la grande majorité des manuels de Fle qui sont utilisés en Grèce. J’ai bien sûr une opinion sur chacun de ces livres mais, étant donné ma position, il m’est difficile de répondre publiquement à vos questions.

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