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L’expression logique de la pensée

Les approches communicatives et actionnelles continuent d’être à l’honneur dans les programmes pour l’apprentissage des langues : les curricula publiés par le Ministère de l’Éducation s’inspirent, on le sait, grandement des textes du Cadre européen de référence pour les langues et les manuels Manuels Manuels articulent, le plus souvent désormais, leurs contenus en fonction des caractéristiques des examens Examens Examens de langues auxquels ils préparent.

Ceci ne doit pas nous faire croire qu’à un degré plus élevé de l’apprentissage et de l’usage de la langue, la résolution d’activités scolaire – oui, oui : d’exercices ! – ne puisse être légitimement organisée. En témoigne le fait que les cours de perfectionnement linguistique, d’initiation aux techniques universitaires, de propédeutique, organisés dans de nombreux établissements d’enseignement supérieur à l’étranger proposent aux jeunes étudiants, dont le français est pourtant souvent la langue maternelle, des montagnes d’activités de ce genre. Cette seule constatation démontre d’ailleurs que la capacité de résolution de ces exercices, aussi scolaires soient-ils, aussi suspects puissent-ils sembler aux partisans des approches communicative et actionnelle rigoureusement pratiquées, peut figurer sur la liste des compétences à faire développer par des apprenants susceptibles d’entreprendre un jour des études supérieures à l’étranger ou dans un établissement étranger en Grèce.

La présence récurrente de termes comme abstrait, complexe, article spécialisé, œuvre littéraire, argumentation, logique, cohérence, cohésion, synthèse, critique, traitement textuel, que l’on retrouve dans la formulation des descripteurs de la compétence dite « de niveau C2 » sur l’échelle d’évaluation de la compétence langagière recommandée par le Conseil de l’Europe, devrait achever de nous convaincre de l’opportunité qu’il peut y avoir de proposer aux apprenants qui en auraient un jour besoin des activités proprement scolaires.

Ils doivent être autant des exercices de réception que de production. On pourrait les ranger sous divers titres comme Expression logique de la pensée ou Justesse de l’expression.

La conception de ces exercices demandent souvent énormément de temps à l’enseignant. D’autant plus que les textes exploités peuvent vite sentir le moisi et qu’il est donc nécessaire que le professeur les renouvelle (oui, on peut aussi écrire renouvèle !) régulièrement.

J’ai réuni ici trois types d’exercices qu’il est possible de préparer facilement et rapidement. Vous constaterez que vos apprenants ne pourront par contre pas les résoudre facilement, ni rapidement : ils apprendront donc quelque chose !

L’objectif d’apprentissage commun aux activités qui suivent est le développement de stratégies de décodage à travers la distribution ou la redistribution de termes dans une phrase ou dans un paragraphe extraits de textes sérieux, qu’ils soient vulgarisateurs ou scientifiques.

Profitez de l’occasion : voyez si vous pouvez les effectuer.

Exemple 1 :

Où allez-vous replacer les locutions alors même que, comme et puisque dont cette phrase a été amputée ? Distribuez-les.

Qu’il s’agisse d’organismes publics, _______________ le Centre national de documentation pédagogique et son réseau de CRDp, ou des éditeurs scolaires privés, tous s’accordent pour noter une stagnation de la production de cédéroms pédagogiques, _______________ leur marge de progression est importante, _______________, comme le fait remarquer Pascale Gallou, responsable éditoriale multimédia chez Hatier, « sur le marché des ressources pédagogiques, le rapport est de 1 à 100 en faveur du papier ».

Exemple 2 :

Dans ce paragraphe, deux mots ont été permutés. Repérez-les.

Pas facile non plus quand il est beaucoup plus difficile d’assurer la publicité pour un manuel que pour un cédérom. Quand un éditeur sort un nouveau manuel, il en envoie un spécimen aux professeurs de la discipline qui peuvent ensuite équiper leurs classes. Le schéma n’est pas transposable au numérique : le cédérom pourrait être dupliqué. Ce n’est pas le seul problème.

Exemple 3 :

À quoi se réfère le mot souligné dans ce paragraphe ? [] les cédéroms [] les éditeur [] les manuels Manuels Manuels

En attendant, les éditeurs observent et mettent en place des stratégies d’attente, où les cédéroms ne représentent qu’une part marginale de leurs activités. C’est le cas chez Hatier où, explique Pascale Gallou, les cédéroms viennent en complément pédagogique des manuels Manuels Manuels et bénéficient de leur notoriété. « Ils sont conçus comme un service rendu aux utilisateurs de nos manuels. Notre stratégie est la même pour les ressources en ligne : nous développons des sites compagnons sur lesquels nous proposons des compléments de ressources et des actualisations. »

Vous l’avez compris, sous chacune de ces consignes peuvent figurer quatre ou cinq textes – pas plus, ça deviendrait épuisant ! – extraits ou non d’un même document. Le caractère ardu, parfois ingrat, de ce genre d’activité doit aussi faire préférer des extraits variés et courts.

Vous pouvez proposer des mots ou locutions à distribuer dans les lacunes – pas plus de quatre ! – que vous avez ménagées (exemple 1). Il peut s’agir d’articulateurs, comme dans l’exemple, ou de mots clés. L’important est que leur distribution ne puisse jamais être réalisée sur la base de critères syntaxiques : choisissez donc des mots ou des locutions de même nature, de même fonction, participant à des constructions syntaxiques identiques.

Vous pouvez aussi faire repérer des mots qui ne sont pas à leur place dans un texte (exemple 2). De nouveau, leur repérage ne doit jamais être réalisé sur la base de critères syntaxiques : choisissez donc deux mots de même nature, de même genre, de même nombre, de même fonction, participant à des constructions syntaxiques identiques. C’est le critère du sens qui doit présider à leur choix.

Enfin, vous pouvez demander d’identifier l’antécédent, parfois très éloigné dans les textes complexes, d’un pronom personnel ou relatif (exemple 3). Une fois de plus, les antécédents proposés devront correspondre par le genre et par le nombre avec le pronom-mystère et ne devront pas être farfelus.

Quelques idées supplémentaires :

- apparier de petits textes avec les titres correspondants,
- choisir, entre trois paires de termes suggérées, celle qui reflète le mieux l’opposition exprimée par un petit texte, etc.

Ces activités peu digestes ne sont pas toujours accueillies dans l’enthousiasme par les élèves. Ces mêmes élèves en redemandent pourtant souvent, une fois constatée l’amélioration de leurs performances.

Exploitez donc vos talents de pédagogue en prêtant une dimension ludique à l’activité (concours, pari), en imposant un travail collectif (groupes de deux élèves) et en veillant à toujours faire entendre Entendre Entendre – et comprendre ! – par tous les élèves les stratégies qui ont permis de trouver les bonnes solutions.

Les profTICEurs qui auront mis pareilles activités en ligne veilleront à ce que soit imposée une interaction entre les élèves au moment de la résolution de ces exercices. Sinon, personne n’apprendra rien : il ne s’agira plus alors que d’une simple activité d’autoévaluation.

L'auteur de cet article

Olivier Delhaye –  Didacticien - Université Aristote de Thessalonique