La nouvelle orthographe s’impose !

La nouvelle orthographe s’impose ! - Image d'illustration

Toutes les langues évoluent avec le temps. Le français n’échappe pas à la règle. L’orthographe du français non plus.

Que l’on compare ces deux versions [1] du début d’une même fable de La Fontaine pour s’en convaincre :

Édition originale (XVIIe siècle)

« Une Grenoüille vid un Bœuf,
Qui luy sembla de belle taille.
Elle qui n’estoit pas grosse en tout
comme un œuf […] »

Orthographe d’aujourd’hui

« Une grenouille vit un bœuf
Qui lui sembla de belle taille.
Elle, qui n’était pas grosse en tout
comme un œuf […] »

Ces changements orthographiques sont régulièrement sanctionnés par des ajouts, des retraits, des modifications dans les dictionnaires, les grammaires normatives ou encore par des réformes que réalisent l’Académie française ou le Conseil supérieur de la langue française.

Les dernières rectifications orthographiques du français ont été proposées en 1990. Il s’agit de simples recommandations. Elles ne sont pas imposées. L’Académie française précise bien qu’« aucune des deux graphies [ni l’ancienne ni la nouvelle] ne peut être tenue pour fautive ».

Toutefois depuis un petit nombre d’années déjà,

- le ministère français de l’Éducation nationale précise que « l’orthographe révisée est la référence » [2] ;
- en Suisse romande, les épreuves scolaires cantonales sont passées en orthographe rectifiée,
- en Belgique, « les professeurs de français de tous niveaux sont invités à enseigner prioritairement les graphies rénovées » [3],
- des sites de plus en plus nombreux proposent une version « nouvelle orthographe » de leurs contenus et/ou arborent un logo de conformité à la nouvelle orthographe,
- les logiciels de la suite Office (Word, Outlook, PowerPoint,…) de Microsoft Corporation et le correcteur de français pour OpenOffice, logiciel libre, proposent également une révision basée sur la nouvelle orthographe.

C’est dire si les professeurs de français doivent connaitre (désormais sans accent circonflexe) sur le bout des ongles les nouvelles graphies.

Savent-ils, par exemple, comment devraient s’écrire les expressions qui suivent ?

Vingt-et-un, deux-cents, trente-et-unième, un compte-goutte / des compte-gouttes, un après-midi (à ce propos, rappelons que le substantif après-midi est masculin ou féminin) / des après-midis, évènement, règlementaire, je cèderais, ils règleraient, cout, entrainer, nous entrainons, paraitre, il parait, j’amoncèle, amoncèlement, tu époussèteras, des matchs, des miss, révolver, contrappel, entretemps, tictac, weekend, agroalimentaire, portemonnaie, corole, frisoter, frisotis, aigüe, ambigüe.

Bien heureusement un guide [4] d’information extrêmement bien fait est téléchargeable sur le site [5] de l’Association pour la nouvelle orthographe : www.orthographe-recommandee.info

Il présente les nouvelles règles sur quatre pages seulement et propose aussi un résumé que nous reproduisons ci-dessous :

« Les numéraux composés sont systématiquement reliés par des traits d’union.

Ex. : vingt-et-un, deux-cents, un-million-cent, trente-et-unième

Dans les noms composés du type pèse-lettre (verbe + nom) ou sans-abri (préposition + nom), le second élément prend la marque du pluriel seulement et toujours lorsque le mot est au pluriel.

Ex. : un compte-goutte, des compte-gouttes ; un après-midi, des après-midis

On emploie l’accent grave (plutôt que l’accent aigu) dans un certain nombre de mots (pour régulariser leur orthographe), et au futur et au conditionnel des verbes qui se conjuguent sur le modèle de céder.

Ex. : évènement, règlementaire, je cèderai, ils règleraient

L’accent circonflexe disparait sur i et u. On le maintient néanmoins dans les terminaisons verbales du passé simple, du subjonctif et dans cinq cas d’ambigüité.

Ex. : cout ; entrainer, nous entrainons ; paraitre, il parait
Les verbes en -eler ou -eter se conjuguent sur le modèle de peler ou de acheter. Les dérivés en -ment suivent les verbes correspondants. Font exception à cette règle appeler, jeter et leurs composés (y compris interpeler).

Ex. : j’amoncèle, amoncèlement, tu époussèteras

Les mots empruntés forment leur pluriel de la même manière que les mots français et sont accentués conformément aux règles qui s’appliquent aux mots français.

Ex. : des matchs, des miss, révolver

La soudure s’impose dans un certain nombre de mots, en particulier dans les mots composés de contr(e)- et entr(e)-, dans les mots composés de extra-, infra-, intra-, ultra-, dans les mots composés avec des éléments « savants » et dans les onomatopées et dans les mots d’origine étrangère.

Ex. : contrappel, entretemps, extraterrestre, tictac, weekend, portemonnaie

Les mots anciennement en -olle et les verbes anciennement en -otter s’écrivent avec une consonne simple. Les dérivés du verbe ont aussi une consonne simple. Font exception à cette règle colle, folle, molle et les mots de la même famille qu’un nom en -otte (comme botter, de botte).

Ex. : corole ; frisoter, frisotis

Le tréma est déplacé sur la lettre u prononcée dans les suites -güe- et -güi-, et est ajouté dans quelques mots.

Ex. : aigüe, ambigüe ; ambigüité ; argüer

Enfin, certaines anomalies sont supprimées.

Ex. : asséner, assoir, charriot, joailler, relai. »

Si vous trouvez ce résumé touffu, sachez que les quatre premières pages du guide sont beaucoup plus faciles à lire. N’hésitez donc pas à le télécharger et à participer à sa dissémination.

Il existe enfin une solution pratique, sure (désormais sans accent circonflexe) et rapide : saisir ses textes dans le formulaire [6] proposé par le Centre de Traitement Automatique du Langage de l’Université catholique de Louvain (Belgique). Grâce à cet outil gratuit , dénommé « recto », on obtient en quelques secondes une version respectant les normes de la nouvelle orthographe. Les corrections y sont apportées en rouge et sont toutes expliquées.

On trouvera encore des ressources intéressantes sur les sites suivants :
- http://www.academie-francaise.fr/dictionnaire/ : site de l’Académie française présentant une liste alphabétique des mots répertoriés dans le Dictionnaire de l’Académie française qui font l’objet de rectifications ;
- http://www.renouvo.org : site du Réseau pour la nouvelle orthographe du français (RENOUVO) ;
- http://www.cilf.org/orthonet.fr.html : site créé et géré par le Conseil international de la langue française (CILF).

Pour une approche interactive et ludique de la question, courez voir http://www.ccdmd.qc.ca/fr/jeux_pedagogiques/?id=1077&action=animer. Vous y trouverez un jeu interactif permettant de se familiariser aux rectifications orthographiques.

Enfin, pour amuser les lecteurs qui trouveraient cette réforme malvenue, voici des extraits d’un billet [7] posté par Christian Rioux sur son blog :

« Mais surtout ces modifications viennent niveler par le bas. On modifie l’orthographe de certains mots parce qu’ils sont trop compliqués. On regarde comment la plupart des ignares écrivent le mot (souvent au son) et on se dit que c’est comme ça qu’il devrait s’écrire. Par exemple, nénuphar devra maintenant s’écrire nénufar. Moi je dis à l’Académie, mêlez-vous de vos ognons ! À long terme, ce qui en résultera ne sera plus du français. […] Déja qu’on remarque que les plus jeunes écrive au son, parce que c’est plus rapide en chat ou en texto. Ca l’é presque devenu une langue en soit, facile de comprendre c pour koi il écrive au son mème quand il veule écrire correct. si sa continu, dan kek ané, tou le monde va écrire au son, paske c plu simpe. tk a+ »

Hormis la dernière citation et à en croire le verdict du logiciel « recto », le document que vous venez de lire est conforme à la nouvelle orthographe et mérite donc le label qui figure sur cette page.

Voir en ligne

Site de l’Association pour la nouvelle orthographe : http://www.orthographe-recommandee.info

Notes

[1Cet exemple est emprunté aux auteurs du site http://www.orthographe-recommandee.info/pourquoi_1.htm

[2Bulletin officiel du ministère français de l’Éducation nationale hors-série no 3, du 19 juin 2008

[3Circulaires ministérielles, 2008

[5Ce site a été réalisé à l’initiative du groupe de modernisation de la langue.

L'auteur de cet article

Olivier Delhaye –  Didacticien - Université Aristote de Thessalonique