Lu dans le Monde

Le français retrouverait-il doucement la place qu’on voudrait lui voir occuper en Grèce ?

Le français retrouverait-il doucement la place qu'on voudrait lui voir occuper en Grèce ? - Image d'illustration

Le français retrouve doucement la place que nous voudrions lui voir occuper en Grèce : à preuve cet article du Monde qui confirme la part de plus en plus grande occupée par la production littéraire française en Grèce, par les nouvelles relations éditoriales entre la France et la Grèce, par la prochaine ouverture d’une FNAC à Athènes et d’une autre à Thessaloniki, enfin par la présence de plus en plus systématique de TV5 dans les manifestations culturelles à caractère francophile, etc.

Il n’y a pas que le cinéma à Thessalonique. Du 26 au 29 mai, le livre était à l’honneur dans la cité macédonienne. Dans la foulée des Jeux Jeux Jeux olympiques, les Grecs (qui ne possédaient jusqu’à présent que des salons non professionnels en plein air) ont voulu se doter d’une vraie foire internationale du livre. Après un essai en 2004, le Centre national du livre grec (Ekebi) a donné le coup d’envoi, en partenariat avec TV5, d’une manifestation qui se voudrait à terme « un petit Francfort des Balkans », selon son organisatrice, Catherine Velissaris, directrice d’Ekebi.

70 éditeurs étaient venus de 18 pays : de France (Gallimard, Actes Sud, Le Seuil, Sabine Wespieser éditeur, Les Belles Lettres, Macula...), d’Allemagne ou d’Angleterre (ce qui est un exploit lorsqu’on connaît le peu d’intérêt des Britanniques pour la fiction en traduction), mais aussi de Serbie, d’Albanie, de Slovaquie, du Montenegro ou de Géorgie... Et c’est bien sûr la présence de cette « autre Europe » qui faisait tout l’intérêt de cette foire, à la porte des Balkans et de la Méditerranée orientale.

Le choix du lieu était symbolique. Dans l’Antiquité déjà, la région rayonnait vers ce qui s’appelait la Dalmatie, la Thrace, la Lydie... D’une certaine façon, la foire redessine ces vieilles routes commerciales, mais la dimension politique n’est pas absente : « Le mot Balkans retrouve son sens, explique Catherine Velissaris : celui d’une région qui prend conscience de ses forces et échappe au seul souvenir d’une histoire malheureuse. » Un éditeur de Belgrade se félicite de projets éditoriaux avec la Grèce, tandis qu’un de ses confrères de Bratislava rappelle l’importance, depuis Cyrille et Méthode, des « liens historiques, sur le plan de la circulation des idées, entre Thessalonique et la grande Moravie. »

La foire était aussi l’occasion de faire le point sur l’édition grecque. Des maisons comme Hestia, Patakis ou Kastaniotis étonnent par la qualité et le dynamisme de leur production. Dans ce pays de 11 millions d’habitants, le nombre de titres publiés a plus que doublé en dix ans et la proportion de livres traduits atteint 35 %. Même s’il s’est distendu, le lien culturel avec la France reste fort, les traductions du français arrivant en deuxième position (13 %), loin derrière l’anglais (56 %), mais devant l’allemand (6 %) et l’espagnol (4 %). A l’inverse, les éditeurs français sont de plus en plus attentifs aux nouveautés grecques, à l’instar de Gallimard, qui publiera en 2006 le nouveau roman de Nikos Panayatopoulos, de Sabine Wespieser éditeur, qui sortira à l’automne la biographie de Xénophon par Takis Théodoropoulos, ou d’Alterédit, qui vient de publier La Fabrique de crayons de Soti Triantafyllou (420 p., 22 €).

Profitant de cette vitalité, la Fnac a décidé de s’implanter en Grèce d’ici à la fin de l’année. Présent à Thessalonique, son PDG, Denis Olivennes, a annoncé l’ouverture, en novembre, d’un magasin de 2 000 m2 à Athènes. Thessalonique devrait suivre dans la foulée. Une nouvelle qui (avec l’arrivée cet automne de la vente couplée livre/presse dans Ta Nea, le plus grand quotidien grec) suscitait un sentiment mêlé d’inquiétude et de curiosité dans les travées de la foire.