PSYCHOLOGIE EXPÉRIMENTALE

Miroir, mon beau miroir !…

Miroir, mon beau miroir !… - Image d'illustration

On devrait placer d’énormes miroirs dans nos classes.

Merveilleuse émission ! Elle a été rediffusée sur TV5 il y a quelques jours.

On y voit, par le truchement de caméras cachées, un instituteur proposer à un de ses élèves de passer par une salle de cours en sortant de l’école pour y prendre dans un vase une friandise particulièrement alléchante. « Mais attention, dit l’enseignant, n’en prend qu’une seule sinon il n’y en aura pas pour tout le monde. » L’élève quitte l’enseignant, passe par la salle de cours qu’il lui a indiquée et pêche dans l’énorme vase la friandise à laquelle il a droit. Petit moment d’hésitation après avoir fourré le bonbon dans une poche… les deux mains libérées ont tôt fait de repêcher une deuxième puis une troisième friandise pendant que d’un regard inquiet, l’élève vérifie dans toutes les directions si personne ne le voit accomplir son larcin. Les caméras cachées filmeront ainsi le passage de dizaines d’élèves : 30% d’entre eux prendrons au moins deux bonbons, certains rempliront même poches et cartable !

L’expérience est ensuite renouvelée avec un groupe d’élèves d’un profil socioculturel identique au premier. Mais cette fois, un énorme miroir de plusieurs mètres de large et touchant presque le plafond a été placé à moins d’un mètre du vase aux friandises, face aux élèves venus chercher leur bonbon. Quelle proportion d’élèves ont été malhonnêtes dans ces nouvelles circonstances, vous demandez-vous peut-être ? Et bien seulement 10% d’entre eux ! Au moment de se resservir, ils se sont vus désobéir et ont remis le supplément interdit dans le vase. Tantôt en hésitant longuement, tantôt en le lâchant comme s’il leur brûlait la main.

La signification à donner à cette expérience ? Le Surmoi, objectivé par le reflet de leur image dans le miroir, a vaincu le Ça des individus observés. Le Moi social l’a une fois de plus emporté sur l’instance pulsionnelle : Le Surmoi (l’agent critique, l’intériorisation des interdits et des exigences) a dominé le Ça (les pulsions).

Le plus marrant est que dans les entreprises modernes - vous savez : celles qui emploient justement des psychologues d’entreprise - un énorme miroir est toujours placé dans la salle où les employés peuvent fumer une cigarette, se relaxer, boire un café, faire causette avec de jolies collègues. Ce n’est pas pour permettre à ces dernières de se refaire une beauté : c’est pour dissuader les « pauseurs » (je sais : poseurs aussi !) d’interrompre trop longtemps leurs travaux. Se voyant dans le miroir en train de ne rien faire, ils sont inconsciemment envahis de scrupules (si si !) et retournent bien vite à leur poste. Je pense que, sur ce modèle, on devrait placer d’énormes miroirs dans nos classes. Mais où ? Derrière le prof ou derrière les élèves ?

L'auteur de cet article

Olivier Delhaye –  Didacticien - Université Aristote de Thessalonique