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Exemple de mise en oeuvre de la pédagogie du projet

La pédagogie du projet (ou de projet) encourage « l’activité spontanée et coordonnée d’un groupe restreint d’élèves s’adonnant méthodiquement à l’exécution d’un travail formant une globalité et choisi librement par les enfants : ils ont ainsi la possibilité d’élaborer un projet en commun et de l’exécuter en se partageant la tâche ». [1]

Voici un excellent exemple de démarche de projet, racontée par un élève :

Septembre. Première semaine de cours. Nous sommes assis dans la classe et nous attendons l’arrivée de notre nouveau prof de français. Sur les tables disposées en U, devant chaque élève, un Lagarde et Michard du XVIIe siècle.

Le prof entre, souriant, et nous dévisage longuement sans prononcer le moindre mot. Comme s’il attendait que nous lui adressions quelque parole. Il lance soudain : « Le livre qui vous a été distribué, c’est le programme de cette année. » Silence tout à coup plus pesant : de premiers élèves feuillettent les 450 pages du « programme ». Le prof demande : « Que proposez-vous ? » Re-silence. Le prof : « Je vous laisse réfléchir, je reviens dans quelques minutes ». Il sort.

Nous nous regardons tous. Les exclamations fusent :

– Ce livre est énorme !
– Il y a surtout du théâtre !
– Il n’y a finalement que trois grands auteurs : Racine, Corneille et Molière.
– Je ne comprends rien des textes.
– Chez Molière, c’est plus facile à comprendre, et puis ça a l’air plus comique.
– On va bien s’ennuyer à lire tout ça… »

Silence, puis : « Et si on jouait une de ces pièces de théâtre au lieu de les lire ? »

Retour du prof, allègre, qui nous demande si nous avons des propositions d’activités à lui faire. Timidement, un élève plus courageux que les autres lui demande s’il serait possible de jouer une de ces pièces. À la stupéfaction générale, le prof, très enthousiaste, répond que c’est une excellente idée et qu’il nous laisse nous organiser. Il quitte de nouveau la salle de classe et promet de revenir bientôt.

Interminable brouhaha. Mais brouhaha des plus fertiles : nous décidons de choisir un auteur, puis une pièce. Notre choix s’arrête sur le Misanthrope de Molière. Ça a l’air marrant : il y a des petits marquis efféminés, une difficile histoire d’amour comme il s’en déroule dans la classe… Tiens ? Pourquoi ne pas transposer l’histoire dans notre univers scolaire ? Pourquoi ne pas adapter le scénario de la pièce au goût du jour ? La décision est prise : c’est une version contemporaine du Misanthrope que nous monterons. Les rôles sont rapidement distribués, puis d’autres tâches : mise en scène, éclairage, musique.

Le prof réapparaît, nous encourage, met à notre disposition la salle des fêtes de l’école. Et, pendant un trimestre entier, nous y passons presque toutes les heures de français à répéter la pièce. L’ambiance n’est pas toujours excellente. On ne tombe pas toujours d’accord sur la façon d’adapter l’œuvre originale. On en vient même à décider, toujours avec la bénédiction du prof qui continue de nous rendre de nombreuses visites-éclairs, à monter deux adaptations parallèles. Une des intrigues se déroule dans une classe d’école, l’autre au cours d’une soirée dansante.

Et puis, un jour, notre professeur nous informe de l’organisation d’un festival de théâtre dans une grande ville proche. Il demande si nous voudrions y présenter notre spectacle. Il y a des prix somptueux à gagner. Nous acceptons sans réfléchir… et le regrettons bien vite : des écoles de théâtre participeront aussi au concours ! Panique…
Nous redoublons d’efforts, multiplions les répétitions, peaufinons les interprétations, la mise en scène, les jeux Jeux Jeux de lumières. Et le grand jour arrive.

Les représentations se succèdent. Toutes superbes ! Nous sommes passés les derniers. Le jury délibère. Les résultats sont enfin annoncés dans la salle du théâtre. Yes ! Nos Alceste ont gagné le concours, NOUS avons gagné le concours !

Il est clair que ces élèves ont mieux que quiconque intégré le génie de Molière et le sens d’au moins une de ses pièces.
Mais le gain pédagogique est beaucoup plus important encore, tant au plan des intentions qu’à ceux des contenus, des méthodes, des institutions, des attitudes et des relations. En témoigne ce tableau, emprunté à CHARENTIER, COLLIN & SCHEURER [2], qui énumère les bienfaits d’une pédagogie du projet :

Ici, pour le plus grand bonheur des élèves et de leur enseignant, la connaissance s’est construite au lieu d’avoir été transmise. Inspirons-nous de ces pratiques dans nos cours de langues en multipliant les occasions offertes aux apprenants de participer à un vrai concours, à la rédaction d’un vrai journal, à la recherche de vrais correspondants, à la préparation de vrais échanges.

Notes

[1AVANZINI G. (dir.), 1975 – La pédagogie au XXe siècle, Privat, Toulouse, p. 191.

[2CHARENTIER J., COLLIN B. & SCHEURER E., 1993 – De l’orientation au projet de l’élève, Hachette Éducation, Paris, pp.98-99.

L'auteur de cet article

Olivier Delhaye –  Didacticien - Université Aristote de Thessalonique