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Dans nos écoles, les apprenants s’aident-ils les uns les autres à apprendre ?

Si, comme le célèbre psychologue de l’éducation Jérome Bruner (1996), vous pensez que « l’école doit être un endroit où les apprenants s’aident les uns les autres à apprendre, chacun selon ses aptitudes », vous apprécierez les principes énoncés ci-après, et les pratiques inhérentes.

 

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Ces pratiques ont toutes été longuement expérimentées cette année – et avec le plus grand succès – au Département de Langue et de Littérature Françaises de l’Université Aristote de Thessalonique, puis dans de nombreux centres d’apprentissage des langues.

Éviter de simplement transférer des connaissances en classe

De ou des  ? Cette question, fréquemment posée par nos élèves, n’attend jamais la même réponse tant les facteurs qui peuvent déterminer le choix entre les formes de et des sont divers : adjectif devant le nom ? complément déterminatif après le nom ? expression d’une quantité ? négation ? totalité ? déterminé non comptable ? etc.
De ce fait, l’enseignant est souvent tenté de fournir à ses élèves une longue liste de – ou des  ? – contextes syntaxiques et sémantiques dans lesquels on doit utiliser l’une ou l’autre de ces deux formes. Les performances de la classe resteront cependant très moyennes. Pourquoi ?

Kittel (1957) l’avait déjà montré, il y a un demi-siècle : fournir la solution (stratégie + réponse, règle de grammaire + forme correcte) d’un problème à l’élève ne garantit pas que cet élève pourra ensuite résoudre des problèmes du même type. Il vaut mieux proposer à l’élève une guidance minimale qui lui permettra de découvrir seul comment résoudre le problème.

Quelle guidance ? Celle qu’induit une consigne d’activité étudiée, une consigne qui obligera l’élève à tirer parti de son environnement physique (des ressources textuelles éventuellement présélectionnées, un moteur de recherche sur la Toile) et social (interaction avec les pairs, avec les autres élèves).

Ainsi, après une heure de travail en groupe, des élèves devraient pouvoir énoncer – et surtout s’approprier et appliquer, puisqu’elles seront de leur crû – quelques règles pratiques à propos du fonctionnement du de et du des.

Expérience faite, les résultats peuvent être surprenants. Les apprenants hellénophones recourront par exemple souvent à la traduction : των στοιχείων = des éléments, mais στοιχείων = d’éléments. Raccourci autrement plus efficace, plus simple, plus séduisant que les règles de grammaire habituellement enseignées.

Ne pas céder à la facilité de distribuer des photocopies aux élèves

Dans cette même optique, distribuer des photocopies résumant une histoire, organisant entre elles des règles de grammaire ou reconstituant un répertoire lexical n’est pas une bonne idée. Ce sont les seuls enseignants qui auront appris quelque chose en composant les originaux de ces photocopies, en résumant, en organisant, en rassemblant, en révisant. Les apprenants, quant à eux, déposeront les photocopies au fond de leur cartable, convaincus parfois de s’être approprié par ce simple geste les connaissances qu’elles véhiculaient.

Dans le pire des cas – qui vient d’ailleurs de m’arriver ! –, celui où un enseignant serait tenté de distribuer en fin de formation une carte heuristique reprenant toutes les notions développées, ce dernier peut, par exemple, découper cette carte en petits morceaux et remettre les puzzles ainsi constitués à des groupes d’élèves, chargés ensuite… de les reconstituer. Il est important de confier la tâche à des groupes d’élèves et pas à des élèves isolés. Dans le premier cas, la tâche permettra un réel apprentissage induit par l’interaction. Dans le second, les élèves auront simplement été évalués, ils n’auront pas appris grand-chose.

Faire d’un individu, un « individu-plus »

Ces principes et ces exemples de pratiques conduisent à l’idée, initialement développée par Perkins (1995), que les enseignants devraient faire de chacun de leurs élèves un super-élève, disposant d’une mine de ressources (documents authentiques, corpora, dictionnaires, grammaires, pairs) et doté d’une panoplie d’armes, d’outils (travail collaboratif en présentiel, forums, wikis, facebook). Les enseignants ne devraient plus considérer l’apprenant comme un « individu-solo » simplement placé devant des supports physique (manuels Manuels Manuels , ordinateurs) mais comme un « individu-plus » constitué de la personne elle-même et de son environnement physique et social. C’est au sein de cet environnement – ou tout au moins dans l’interaction avec cet environnement – que se réalise l’apprentissage, jamais dans la seule tête de l’apprenant.

Vive donc les activités réalisées en groupe, vive l’utilisation des réseaux sociaux, vive le socioconstructivisme, vive la pédagogie du projet !

L'auteur de cet article

Olivier Delhaye –  Didacticien - Université Aristote de Thessalonique