PÉDAGOGIE

Bravos ou haros ?

Bravos ou haros ? - Image d'illustration

Pour obtenir du professeur une malheureuse gratification, les élèves doivent d’abord endurer mille et mille petites adresses négatives souvent simplement répressives, parfois aussi, hélas, proprement vexatoires. Enregistrons l’entrée en classe d’élèves après une récréation : « Silence ! Asseyez-vous. Plus vite les garçons ! Fais disparaître ce chewing-gum, Stéphane. Laisse ta voisine tranquille, Maria. Je ne veux plus voir ce portable, Anna. Plus vite Yanni ! Tais-toi à la fin, Despina. Prenez tous votre manuel de français. Chuuut ! Comment Pandéli, tu n’as pas apporté ton livre ? » Arrêtons-nous un instant sur cette dernière exclamation et tâchons d’examiner les conséquences qu’elle peut entraîner.

Imaginons que pour la troisième fois consécutive, le sieur Pandélis n’ait pas apporté le manuel de français au cours. Que fait le plus souvent le professeur ni trop cool, ni trop facho ? Il verbalise l’écart de conduite : « Alors Pandélis ? tu n’as de nouveau pas apporté ton livre ? » Il condamne et menace : « C’est la dernière fois, hein ? La prochaine fois… » Puis il résout le problème né de l’absence du livre : « Michali, tu partageras ton livre avec Pandéli. » Pauvre Michali ! Il a toujours apporté son livre au cours, lui ! Personne ne l’a jamais remarqué, personne ne l’en a jamais félicité. Par contre, Pandélis qui n’apporte pas souvent son livre est devenu l’objet de l’attention de la classe et du prof. On lui prête même la moitié du manuel de Michali qui est pourtant bien en droit de jouir de la totalité de son livre.

Un juste équilibre entre les paroles gratifiantes et les reproches aurait permis une meilleure résolution des problèmes nés de cette situation. Ainsi, par exemple, l’enseignant aurait-il pu veiller, par le passé, à systématiquement féliciter les élèves qui apportent sans faute tout ce qui leur est demandé, à féliciter les élèves qui arrivent à l’heure, à complimenter les élèves qui réalisent leurs devoirs, bref à toujours gratifier les élèves « sans histoires ». Ce sont ces bons éléments que la plupart des élèves de la classe auraient pris pour modèles et l’ami Pandélis, pour pouvoir justement être l’objet de l’attention du maître et/ou des autres élèves, aurait très probablement tâché d’apporter son livre et d’obtenir ainsi la reconnaissance positive que tout être humain attend – hélas souvent trop longtemps ! - de son entourage.

« Bravo ! Bravo ! Bravo ! » Bravo donc aux Pandélidès qui ont lu ce petit article sans se vexer.

L'auteur de cet article

Olivier Delhaye –  Didacticien - Université Aristote de Thessalonique