Le trilinguisme luxembourgeois à la rescousse

Le trilinguisme luxembourgeois à la rescousse - Image d'illustration

La plupart des habitants du Grand-duché de Luxembourg utilisent quotidiennement trois langues.

Au contraire de pays multilingues comme la Suisse, le Canada ou la Belgique où la distribution des langues est géographique, au Luxembourg elle est fonctionnelle : l’usage d’une langue dépend de la situation dans laquelle sont impliqués les interlocuteurs.

Ainsi, par exemple, l’école maternelle se fait en luxembourgeois mais l’alphabétisation se fait en allemand. Le français est enseigné à l’école dès l’âge de sept ans. Utilisé par l’administration et la justice concurremment avec l’allemand, le français reste pourtant la seule langue utilisée pour la rédaction des lois.

Dans le cadre d’un Plan d’action pour le réajustement de l’enseignement des langues, un document fort intéressant a été élaboré et édité sous la direction de la Ministre de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle. Il s’intitule Pratiques de l’oral [1].

Il s’agit « d’une source d’inspiration présentant surtout des activités pratiques applicables en classe qui visent à donner aux enseignants le goût des exercices oraux et des idées pour développer des exercices personnels adaptés à leur classe et à leur situation ».

Les contenus s’inscrivent « dans la logique de l’approche par compétences » mais ne rejoignent pas toujours les recommandations du CECR. Ils ont aussi ceci de particulier :

- ils concernent l’apprentissage de langues n’ayant pas le statut de langue étrangère ;
- ils concernent les élèves de l’enseignement primaire et des deux premières années de l’enseignement secondaire.

Après une présentation de quelques réflexions théoriques, des activités pratiques pour le développement de la compétence d’interaction orale sont proposées. Une bibliographie commentée et une sitographie peuvent intéresser le lecteur. À la fin du livre, la question de l’évaluation des compétences de communication orale est également traitée.

Voici des propositions extraites de la seconde partie du livre, qui peuvent inspirer les profs en panne d’idées au moment de planifier leurs cours. On trouvera dans le texte complet de la publication grand-ducale – bien heureusement mise en ligne [2] – les caractéristiques techniques (objectifs, matériel, durée, etc.) de chacune des activités. Â nous de les adapter bien sûr !

Présentation

Les élèves se déplacent et cherchent un autre élève avec qui ils ont 5 points communs et 3 points divergents. Exemples : âge, lieu de domicile, langues parlées, groupes de musique, activités musicales, instrument, maison de jeunes, vacances, matières préférées ou détestées, livres, CD, films, jeux Jeux Jeux , plats, couleurs, animaux, peinture, etc.
Puis on procède à la mise en commun et chaque couple doit se présenter en respectant la prise de parole successive.

La publicité

La publicité est une source intarissable d’exercices oraux : elle permet aux élèves de décrire ce qu’ils voient, de faire un portrait physique, d’établir une biographie imaginaire (par exemple, de la vie privée d’un mannequin), de dresser une liste des vertus et des défauts des personnages de la publicité choisie, etc. La publicité permet également de parler des sentiments et envies qu’elle provoque chez un individu. À partir de publicités choisies par l’enseignant ou par les apprenants, les élèves établissent une biographie imaginaire (travail de groupe de 2 ou de 4) à l’aide d’une matrice : âge, situation familiale, domicile, enfance, études, etc. Au bout de 15 à 20 minutes, mise en commun avec présentation à tour de rôle.

La voyante

Une consultation chez la voyante ou la cartomancienne : par groupes de deux, les élèves joueront à tour de rôle soit la voyante, soit le client. Après trois minutes, ils changent de rôle. Ils devront utiliser le futur.

Le fait divers

Les élèves lisent et cherchent des titres dans des journaux. Dans des groupes de 2 ou 4, ils transforment ces titres à la forme passive et présentent une revue de presse soit à la radio soit à la télévision.

Pantomimes

Un élève mime des scènes et des situations de la vie quotidienne et l’autre commente. Les gestes doivent être précis et pas trop rapides afin que tous puissent suivre.

Le sac en toile

L’enseignant amène un sac en toile, dans lequel se cachent des objets dont les participants ne peuvent soupçonner la nature. Un élève plonge sa main dans le sac, en retire un objet et commence à raconter une anecdote, une histoire à partir de cet objet. S’il le désire, il peut retirer un autre objet du sac pour compléter son histoire. Un autre élève peut ensuite prendre le relais.

La chambre de van Gogh

Dans cette activité, il s’agit tout d’abord d’oraliser la biographie de Vincent van Gogh qui aura été recherchée au préalable sur Internet, puis de décrire la chambre du peintre. On peut aussi demander aux élèves de reconnaître les objets du tableau et leur proposer ensuite de dessiner leur propre chambre ou celle de leurs rêves. Toutes les œuvres seront affichées et les élèves essayeront de retrouver leurs auteurs.

Si j’étais à ta place

Les fiches-consignes avec le début de la phrase sont distribuées par l’enseignant ou tirées au sort. Chaque élève doit compléter sa phrase. Puis il se concerte avec son partenaire et essaie de créer un dialogue. Exemples de fiches-conseils : « Si j’étais à ta place, (j’irais me coucher plus tôt pour être prêt pour la composition) », « Si je devais faire un exposé, (j’irais à la bibliothèque ou sur Internet pour rechercher les éléments du sujet) », « Si j’étais à ta place, (je ne bavarderais plus pour ne plus avoir de retenues) », etc.

Le jeu de l’oie

Tout le monde connaît le jeu de l’oie avec les 63 cases et les tâches à remplir toutes les 7 cases (9x7=63). Il s’agira de préparer des questions adéquates. Exemple : Quel âge as-tu ? As-tu des frères et sœurs ? Combien ? Quel temps fait-il ? Qu’as-tu mangé ce matin ? Quel livre as-tu lu ? Raconte le dernier film que tu as vu ! Qu’as-tu fait ce week-end ? Parle de ton groupe préféré, de tes sorties, de ton vêtement fétiche, de tes loisirs, etc.

Moi, ma grand-mère ...

« Moi, ma grand-mère faisait du vélo sur la lune ! » À chacun d’inventer une activité extraordinaire. Mise en commun sur une affiche coloriée, à laisser dans la classe afin de stimuler l’apprentissage passif de l’orthographe des mots nouveaux.

Photos : le hors-champ

L’enseignant présente une photo ou un tableau aux élèves, mais en cachant une partie de l’image en bas, en haut, à gauche et à droite. Les élèves imaginent ce qui se trouve en-dehors du champ de la caméra, en-dehors de l’extrait, qu’on peut voir, entendre Entendre Entendre , sentir, ... par exemple des objets, des bruits, des conversations, de la musique, des sons, des odeurs, les parfums, etc. L’enseignant prépare la copie d’un tableau dont il cache une partie. Cette partie sera révélée aux élèves après la discussion dans laquelle ils ont dû imaginer la partie manquante : les personnages, les paysages, les bâtiments, etc.

L’enquête

Sur une table sont déposés divers objets trouvés auprès de la victime d’un crime sur lequel les élèves devront enquêter. Les élèves sont priés de les découvrir, de suggérer à quoi ils servent et pourquoi la victime les avait sur elle. Les objets doivent être décrits avec leurs couleurs, formes et matériaux. Les élèves essayeront de reconstruire l’emploi du temps de la victime avant le drame. Puis on procédera à l’interrogatoire des témoins, de la famille, des proches.

Moi, j’emporterais ...

L’enseignant choisit une des situations citées ci-dessous selon le niveau de la classe. Chaque élève établit une liste et la compare avec celle de son partenaire. Ensuite ils doivent se mettre d’accord sur une liste commune de sept objets qu’ils aimeraient emporter tous les deux. Puis l’enseignant annonce qu’ils n’ont plus droit qu’à trois objets. Lors de la mise en commun, les élèves devront argumenter et défendre leur choix.

Les élèves doivent choisir ce qu’ils aimeraient emporter avec eux s’ils devaient aller à l’hôpital, s’ils devaient faire un long voyage en train, en bateau ou en avion, s’ils devaient partir seuls sur une île déserte, s’ils devaient partir sur une autre planète sans jamais pouvoir revenir sur terre.

Devine qui vient dîner ce soir

Il s’agit d’un dîner auquel assistent différents personnages à caractère très différent. Les élèves joueront les rôles de ces convives. On trouvera des contraintes ou des composantes à éviter pour chacun d’eux : X n’apprécie pas beaucoup Y, Y est amoureux de Z, la grand-mère est presque sourde, etc.

Dans certaines de ces activités, on demande aux élèves de participer à des jeux Jeux Jeux de rôles. Dans le cadre d’une approche de la langue expressément limitée aux besoins de communication réels, certains enseignants pourrait vouloir éviter ce genre d’activités et leur préférer des simulations de situations futures de communication plus probables.

Une objection à ces réserves est que le jeune âge des apprenants empêche qu’un nombre important de situations futures et probables de communication soit recensées.

De toute façon, si ces jeux sont organisés en classe de langue maternelle ou seconde au Luxembourg, ils constituent bien des activités sociales. Et à ce titre, nous aurions bien tort de ne pas les lancer dans nos classes. Vive le ludisme !

Voir en ligne

Pratiques de l’oral : http://www.men.public.lu/publications/syst_educatif_luxbg/langues/080818_pra (...)

Notes

[1Gouvernement du Grand-duché de Luxembourg, Ministère de l’Éducation Nationale et de la formation professionnelle, Pratiques de l’oral. Document de réflexion théorique et pratique, 2008.

L'auteur de cet article

Olivier Delhaye –  Didacticien - Université Aristote de Thessalonique