La musique en classe de Fle

La musique en classe de Fle - Image d'illustration

« L’art unit le monde », dit-on. La musique est une forme d’art. La musique unit le monde. La musique en classe de FLE ? L’idée n’est pas originale ; d’ailleurs, cette pratique compte déjà plusieurs décennies. Il est, quand même, utile de réexaminer la question : LA MUSIQUE EN CLASSE DE FLE.

POURQUOI

Les raisons qui favorisent cette pratique sont nombreuses, la plus importante étant probablement celle dictée par le ministère de l’éducation grec : le contact avec l’Autre. Si cet « Autre » signifie « la culture différente d’un autre peuple », la musique ne peut qu’être placée aux premiers rangs. Ajoutons à cela que, d’après les linguistes, la langue est strictement liée à la civilisation du peuple qui la parle ; civilisation et apprentissage de langues étrangères vont donc ensemble.

Une autre raison qui favorise l’introduction de la musique en classe de FLE provient également des instructions officielles. Plus précisément, le ministère de l’éducation grec, dans son programme analytique scolaire sur l’enseignement du français au primaire, parle, entre autres, du « fait de se familiariser avec la langue française » et de « l’importance de l’oral » Le premier point, que nous appellerons « intimité », nous fait penser aux petits élèves des premières classes du primaire, tandis que le deuxième aux bébés qui apprennent leur langue maternelle en commençant par l’oral.

Pensons-y : les débutants en français (tout comme les débutants en anglais, italien, etc.) ressemblent aux élèves qui se mettent en contact avec un cours ou avec un niveau scolaire (en termes de classes) pour la première fois ainsi qu’aux bébés qui commencent en fait leur cours de langue maternelle dès qu’ils sont nés. Qu’est-ce que manque aux débutants en français par rapport aux autres élèves et aux bébés ? La quotidienneté langagière, répondra-t-on, c’est-à-dire le fait que, contrairement à la langue maternelle, la langue étrangère n’est « vécue » que lors du cours. En outre, ce qui manque le plus c’est la pratique orale. L’introduction donc des chansons Chansons Chansons en classe de FLE, qui peut ensuite « envahir » également la vie non scolaire, peut aider l’élève à se familiariser avec la langue de manière agréable et plus naturelle. De cette manière, le français ne constituera plus encore un cours mais une partie de la quotidienneté de l’élève. Quoi qu’il en soit, si on réussit à lier notre cours à la quotidienneté de nos élèves, ce sera comme un prolongement du cours, ce qui constitue en fait une sorte de multiplication des heures « didactiques ».

En continuant, on dirait que la « nécessité » de la musique en classe de FLE est également d’ordre pédagogique. Il s’agit cette fois du fait que l’enseignement « doit » émouvoir l’élève. La musique, qui, comme on a dit au début, « unit le monde », peut contribuer à la création des liens psychiques entre l’élève et la langue/culture française. Une mélodie émouvante (pas nécessairement lente ou romantique) ou des paroles agréables peuvent faire l’élève se sentir plus à l’aise, en éloignant le stéréotype « cours-tableau-exercices-monologue-devoir » Les profits seront nombreux, le plus important étant la bonne humeur de la part de l’élève et ensuite sa volonté d’assister aux cours.

QUOI

Après avoir examiné, espérons suffisamment, les « pourquoi », on se pose une autre question : « quelles chansons Chansons Chansons peut-on introduire en classe ? » Sans vouloir être absolu, on dirait tout mais en étant très attentifs à nos choix. Par exemple, étant donné que l’école est un lieu conservateur, on devrait probablement éviter des sons durs (heavy metal ou parfois rock) et fort probablement des chansons promouvant une certaine idéologie (politique, religieuse ou autre).

La réponse à la question « quoi » reste encore vague. On continue en disant : « tout ce qui plaît aux élèves » Il est important, sur ce point, de signaler l’importance de la personnalité de nos élèves. Une question comme « quelle est ta chanson préférée ? » peut être très révélatrice. Si, par exemple, nos élèves des dernières classes du primaire se réfèrent à Beyoncée ou à Eminem, on peut supposer qu’ils n’apprécieraient tellement des chansons comme « Lundi matin » Le professeur de français devrait, dans ce cas-là, être aussi « moderne » que ses élèves et leur présenter des chansons qui suivent la mode. Quoi qu’il en soit, on peut avoir la même stratégie avec les élèves de tous les âges ; si belles que soient les chansons de Jo Dassin, elles paraîtront probablement banales aux yeux de nos élèves adolescents.

Un bon exemple est celui de la chanson de Manu Chao « Je ne t’aime plus » La répétition du titre caractérise presque toute la chanson et c’est un bon exemple pour l’enseignement/apprentissage de la négation avec plus. Seule la répétition devrait-elle exciter la curiosité des élèves et c’est elle qui aidera au déroulement naturel de la séance ; n’oublions pas que la répétition est un élément de base pour les publicités parce qu’elle favorise la mémorisation. En essayant de trouver donc des chansons qui se caractérisent d’un élément frappant, comme la répétition, on peut « jouer » avec l’imagination de nos élèves et essayer d’attirer leur attention.

En insistant un peu sur ce dernier point, le point de la « mode », et surtout parce qu’on comprend la difficulté du professeur de français qui vit en Grèce à s’informer autour des nouvelles apparitions de chansons françaises, on voudrait faire quelques propositions. Heureusement pour nous, la technologie nous aide encore une fois. Ainsi, à part les chaînes télévisées par satellite, peut-on avoir accès direct à des stations radiophoniques françaises à travers Internet. Par exemple, dans www.tv5.org, on peut avoir recours à des clips musicaux, tandis que dans www.mfm.fr on peut écouter directement le programme radiophonique et savoir à tout moment le titre des chansons transmises. Si, pourtant, on n’est pas satisfait de ces deux propositions, on peut visiter www.radiofrance.fr où l’on trouve des liens directs des stations radiophoniques de toute la France.

COMMENT

Supposons qu’on entre en classe bien « armés » Suffit-il de cliquer sur « « play » et transformer la classe en lieu de récréation ? Fournir nos élèves avec des photocopies des paroles de la chanson, pour les transformer ensuite en liste de mots à apprendre par cœur ? Insister sur les phénomènes morphosyntaxiques ? Quoi qu’il en soit, il est bien évident qu’un autre paramètre qui doit nous préoccuper est le « COMMENT utiliser la chanson ».

Une bonne idée serait de faire tout ce qu’on peut, c’est-à-dire, en suivant la méthode inductive, de faire de la chanson un moyen d’enseignement pour l’apprentissage tant du lexique que des phénomènes morphosyntaxiques. Ce qui constituerait probablement une faute serait un effort de faire tout cela en une seule séance. A nos yeux, on serait bien plus efficace si on essayait de tirer de la chanson seulement ce qui est possible. On pourrait même utiliser une chanson seulement pour un groupe de mots (les jours de la semaine, les nombres…) ou bien pour un phénomène grammatical.

En ce qui concerne le côté écrit des chansons, c’est-à-dire les paroles, elles aussi, elles peuvent jouer un rôle important puisqu’elles peuvent constituer une véritable source pour construire de diverses activités, comme : exercices à trous, recherche des mots opposés/synonymes, s’il y en a, remise à l’ordre et questions à choix multiples. Ce qu’il faut c’est un peu de travail chez soi pour préparer tout ce matériel et tout cela en commençant d’une seule photocopie.

Enfin, étant donné qu’avec la chanson on est dans la sphère du culturel et de l’ « intimité », on pourrait enrichir notre cours en fournissant nos élèves des informations sur les auteurs. N’a-t-on pas dit qu’on veut créer des liens psychiques ? Si l’élève connait quelques informations d’ordre biographique (qui est l’auteur, quand et sous quel prétexte il a composé la chanson x, ses liens avec la Grèce, sa renommée au reste du monde, ses prix…), il a un portrait humain complet et s’identifie plus facilement avec l’auteur ou même avec le héros de la chanson.

Bref, en espérant que l’article présent, inspiré des discussions au forum de gallika.net, répond suffisamment aux questions concernant le rôle de la musique. On voudrait, en outre, exprimer nos remerciements aux participants du forum en question, qui ont aidé à rédiger cet article, grâce à leurs idées et à leur bon vouloir.

L'auteur de cet article

Mélanie Georgiadou –  Professeur de français