Améliorer la prononciation de nos apprenants - Image d'illustration

Orthoépie

Améliorer la prononciation de nos apprenants

Expérience… Entrons dans la classe. Lançons un chaleureux « Bonjour ! » à l’adresse de nos apprenants. Que répondront-ils tous en chœur ? « BonZour ! »

Le problème est posé : bien souvent la perfection de la diction n’a pas été atteinte. En tout cas pas par tous les apprenants… L’orthoépie figurait-elle dans les objectifs d’apprentissage ? Avons-nous trop facilement pardonné les écarts de prononciation pour permettre à nos élèves de mieux se concentrer sur les questions de grammaire ou de sens ?

Il est pourtant assez facile de faire rapidement disparaître ces malheureux écarts de prononciation. Le travail peut se faire en trois temps : discrimination auditive, (ré )éducation articulatoire, accoutumance.

DISCRIMINATION AUDITIVE

Il suffit de faire entendre Entendre Entendre aux apprenants de courtes phrases dont la compréhension passe nécessairement par l’identification d’un phonème que beaucoup d’hellénophones distinguent avec difficulté. On peut leur demander de réagir à des énoncés comme « Il a cassé sa tirelire » qui peut facilement être confondu avec « Il a caché sa tirelire » ou, plus simplement, d’indiquer ce qu’ils ont entendu en choisissant entre plusieurs propositions :

[ ] Il a cassé sa tirelire.
[ ] Il a caché sa tirelire.

Évitons de proposer des énoncés peu vraisemblables : les apprenants devineraient alors, sans même en écouter la prononciation, ce qu’ils « doivent » entendre Entendre Entendre . Voici un mauvais exemple d’opposition phonologique :

[ ] Respirons le bon air de la mer !
[ ] Respirons le bonheur de la mer !

Le site web « Phonétique Phonétique Phonétique  » (http://phonetique.free.fr) regorge d’exercices de discrimination auditive. On peut y trouver l’inspiration qui manque parfois au moment de fabriquer nos activités ou … carrément y envoyer nos apprenants.

(RÉ-)ÉDUCATION ARTICULATOIRE

Lorsque nous sommes certains que nos élèves distinguent tous les phonèmes de la liste… Oups ? Quelle liste ? Ah oui ! La liste des phonèmes que les hellénophones reconnaissent moins facilement que les autres est la suivante :

- /ə/, /e/, /ɛ/, /ø/ – le pays / les pays, de/deux/des, mangé/mangeait
- /ɔ̃/, /ɑ̃/, /œ̃/, /ɛ̃/ / /ɔn/, /ɛn/, /yn/, /in/ – bon/bonne, sans nature / sa nature, un/une, italien/italienne, etc.
- /y/, /u/, /i/ – du/doux/dit
- /s/, /z/ – ils ont / ils sont
- /ʃ/, /s/ – caché / cassé
- /ʒ/, /z/ – les jeux Jeux Jeux / les œufs

C’est d’ailleurs la liste qui figure dans le référentiel des compétences évaluées par l’examen PALSO-LAAS PALSO-LAAS Fédération Nationale des Propriétaires de Centres de Langues de langue française du niveau A2 (http://www.palso.gr/resources/toolip/doc/2012/01/11/a2-syllabus-neo-dyselido.pdf).

Lorsque nous sommes certains que nos élèves distinguent tous les phonèmes de cette liste donc, nous pouvons passer à l’étape suivante qui consiste à les leur faire prononcer correctement. Rien de bien sorcier : il suffit de remettre à chacun ce que l’on pourrait appeler une « feuille de route » composée de 10 vire-langues à bien prononcer. Voici une proposition :

- S|CH – Ce chasseur sait chasser sans son chien.
- Z|J – Il s’agit des˽amis de Josiane.
- U|OU|I – Tu nous˽as dit : une Russe rousse et ridicule.
- É|È – L’étranger espérait qu’il rêvait˽éveillé.
- E|EU – Deux sœurs meurent de bonheur ; elles meurent heureuses.
- È|EU – Son père a un peu peur des deux frères de Mathieu.
- AIN|AINE – Un chien et une chienne sont˽en train de manger.
- NASALES – Un bon grand pain bien brun.
- R – Une correspondance interuniversitaire rarissime.
- NG|NK – Il y a cinq ou six pingouins sur le parking.

Ici aussi, Internet peut nous assister : les avatars de voki (http://www.voki.com/) peuvent parfaitement prononcer ces phrases à notre place.

ACCOUTUMANCE

Et voilà, il ne reste plus qu’à faire utiliser cette nouvelle prononciation à tout moment. Comment ?

Au plan pédagogique, en multipliant les rituels (lancer un grand bonjour aux élèves en entrant dans la classe), les gratifications (les féliciter d’avoir répondu bonjour avec un j si parfaitement palatalisé), les activités d’évaluation (demander aux apprenants de se corriger l’un l’autre), etc. En responsabilisant les élèves et en leur faisant développer le goût de la perfection (on n’avance pas dans notre programme tant que tout le monde n’aura pas obtenu 10/10 sur sa feuille de route !). En faisant varier les activités (répéter, discriminer, réagir, corriger, évaluer, etc.), les sources (voix du prof, voix de voki, voix d’un élève plus doué, etc.), les médias (CD, internet, téléphone, radio, You tube), les types d’évaluation (autoévaluation, évaluation entre pairs, évaluation par le prof, avant, pendant, après, etc.).

Au plan didactique Didactique La didactique se différencie de la pédagogie par le rôle central des contenus disciplinaires et par sa dimension épistémologique. , en fixant des objectifs très précis (utiliser un référentiel) et en s’y tenant résolument. Un dernier point : exigeons de nos élèves qu’ils parlent le français à un rythme rapide. En milieu social, l’efficacité de leurs productions orales dépendra en grande partie du débit de ces dernières.

À cette fin, on peut leur proposer régulièrement 30 secondes de karaoké sur une production de Norman (https://www.youtube.com/user/NormanFaitDesVideos), par exemple. On demande aux élèves de transcrire les 30 premières secondes d’une vidéo de Norman, de se corriger mutuellement, puis de redire le texte obtenu aussi vite que Norman. Insister sur la théâtralisation du texte, bien sûr pour que l’activité reste ludique et donc sociale.

Voir en ligne

Voki : http://www.voki.com/

L'auteur de cet article

Olivier Delhaye –  Didacticien - Université Aristote de Thessalonique