Le document authentique  - Image d'illustration

Le document authentique

Comment l’exploiter ?

pour contribuer à l’autonomisation de l’apprenant dans son apprentissage

Qu’appelle-t-on document authentique ?

C’est un échantillon de discours oral ou écrit présenté à l’apprenant sous une forme - autant que faire se peut - originale, c’est-à-dire,

- dans le respect du canal d’origine (ainsi, on ne travaillera jamais sur la transcription d’un discours oral !) et du médium (on ne travaillera pas avec la copie sur K7 audio d’un journal télévisé !) et

- dans le souci de restituer sa forme originale dans ses moindres détails (restitution exhaustive du contexte dans lequel le document a été « consommé » : on apportera en classe un journal ou au moins la page entière d’un journal, pas seulement l’article découpé au plus juste).

Pourquoi un document authentique ?

- pour offrir un échantillon de français véritable (ne peut être garanti « 100% véritable » que ce qui a existé) ;

- pour ne pas limiter les apprenants aux productions en français de leur seul professeur, fût-il francophone natif (il y a au moins autant de français que de francophones !) ;

- pour ne pas tromper l’apprenant sur la marchandise en le confrontant à des textes fabriqués pour la bonne cause : français simplifié, phrases expressément fabriquées pour illustrer une règle de grammaire (qui n’est bien souvent pas confirmée, elle-même, par une analyse plus objective du discours : C’est le mythe enfin écroulé de l’utilité pédagogique des grammaires normatives !) ;

- pour permettre à l’apprenant de se livrer à une « consommation » sociale du document et non à une consommation scolaire : comprendre un document, c’est comprendre les intentions qui ont présidé à sa composition, réagir comme on l’aurait fait dans la réalité par un comportement qui répond justement à ces intentions ; la consommation scolaire du document pourrait par exemple consister en un triste recensement des mots inconnus et en leur explication par le prof. Or, dans la réalité, ce sont les mots connus qui, conjugués à d’autres indices extra-linguistiques, permettront à quelqu’un de comprendre un document ;

- pour contribuer à l’autonomisation de l’apprenant dans son apprentissage, en l’habituant à se livrer avec la moindre assistance Assistance Aide possible à des activités de décodage, de repérage, de compréhension sur des documents semblables à ceux auxquels il sera confronté plus tard, hors encadrement scolaire.

Quel document authentique ?

Un document susceptible d’être rencontré par l’apprenant dans son avenir en milieu francophone ou lorsqu’il entrera en contact avec des Francophones.

Quatre étapes d’apprentissage en trois :

- Repérage

Faire repérer par l’apprenant les indices linguistiques ou non (illustrations, mise en page, couleurs, musique, bruits, etc.,) qui lui permettront d’émettre puis de confirmer des hypothèses sur le contenu, le genre d’écrit/d’émission, les intentions et l’attitude du producteur d’un document.

Faire repérer les normes sociales (s’inspirer par exemple du modèle de Hymes) et linguistiques (système de la langue) qui ont contraint les choix effectués dans la réalisation formelle et linguistique du document.

Les seules bonnes questions seront donc celles que nous nous posons au moment de « consommer du discours » dans notre langue d’origine (par exemple, quand on zape) : genre auquel appartient ce document, qui ?, fait quoi (acte de parole) ?, quoi ?, à qui / à quoi ?, de qui / de quoi ?, où ?, quand ?, comment ?, combien ?, pourquoi ?, intention ?, attitude ?

Conceptualisation grammaticale : seulement à la demande (problème de la définition de la grammaire, de son rôle, voire de son utilité dans la classe) !

- Reproduction

Faire imiter le document en recréant des circonstances de production pratiquement identiques (tu réponds à cette lettre en refusant poliment l’invitation, voici quelques modèles de réponse à une invitation qui t’inspireront)

- Production

Faire imiter le ou les document en faisant cette fois varier les circonstances qui en appellent et contraignent tout à la fois la production ( Ce n’est plus au directeur que vous vous adressez, mais à un ami de longue date)

- L’étape de l’évaluation

Déjà franchie - mais peut-être pas gagnée ! -, cette étape se confond avec celle de la production puisqu’en définitive, l’objectif d’une séance d’apprentissage conduit à l’acquisition d’une compétence de compréhension ou de production dans les circonstances de communication précises justement importées dans la classe.

PS

Paru dans la revue mensuelle de la Panhellenic Federation of Language School Owners (PALSO) en décembre 2000.

L'auteur de cet article

Olivier Delhaye –  Didacticien - Université Aristote de Thessalonique