DIDACTIQUE

Touche pas à mon document !

Touche pas à mon document !  - Image d'illustration

Ne modifions pas les documents authentiques que nous importons dans la classe. Si l’appréhension de leur version originale nous semble trop difficile pour les élèves, imaginons une consigne d’activité plus facile ou … changeons de document !

Le traitement du seul document brut, du seul document véritablement représentatif de la réalité linguistique et culturelle francophone qu’affronteront demain nos apprenants, peut conduire ces derniers à déployer des stratégies d’apprentissage.

Pas de nourriture prémâchée ! N’apprenons pas à la place de nos élèves.

N’amputons pas non plus nos documents authentiques. Un article de journal peut prendre son sens véritable par comparaison avec les articles qui figurent sur la même page, par rapport au titre de cette page, par rapport au titre du journal, par rapport à une photo, par rapport à l’actualité, par rapport à l’identité des apprenants eux-mêmes.

Ainsi, dans la mesure des possibilités techniques :

- nous devrions inciter les élèves à trouver eux-mêmes le site qui répond à leurs besoins plutôt que de leur en communiquer l’adresse ;

- nous devrions envoyer nos apprenants sur la page d’accueil d’un site, plutôt que sur une page précise ;

- nous devrions leur faire ouvrir un journal plutôt que de leur apporter la photocopie d’une page de ce journal ;

- nous devrions distribuer la photocopie d’une page de périodique entière plutôt que celle de l’article qui nous intéresse ;

- nous devrions reproduire les photos avec les textes qu’elles illustrent (légendes, articles, titres) plutôt que d’apporter des photos isolées du contexte dans lequel elles apparaissent.

Non ?

Enfin, choisissons nos documents de façon à ce que les apprenants puissent toujours découvrir une relation entre ce document d’une part, et certains de leurs traits personnels, de leurs intérêts ou mieux, de leurs besoins – actuels ou futurs – de communication, de l’autre.

La lecture d’une description des vendanges dans le Bordelais, l’étude de l’histoire de la révolution française ou l’organisation en français d’un débat sur la suppression de la peine de mort peuvent encore moins concerner – et donc intéresser – certains apprenants que le spectacle d’un reportage du magazine Thalassa sur la vie des dauphins au large des côtes de la Martinique, aussi française soit cette île des Antilles. D’ailleurs, y a-t-il seulement des dauphins dans cette région du monde ? Vous ne savez pas ? Moi non plus. Cqfd !

L'auteur de cet article

Olivier Delhaye –  Didacticien - Université Aristote de Thessalonique