Tâches sans Internet, comment faire ?

Tâches sans Internet, comment faire ? - Image d'illustration

Intégrer la tâche dans un cours sans internet... Est-ce possible ?
Bien sûr, en utilisant « tout simplement » les ressources que l’on a sous la main, celles qui sont disponibles. Il suffit de s’en servir.

Tâches, perspective actionnelle envahissent le paysage didactique Didactique La didactique se différencie de la pédagogie par le rôle central des contenus disciplinaires et par sa dimension épistémologique. du français langue étrangère. Très souvent ces termes sont accompagnés de « TICE TICE Technologies de l’Information et de la Communication au service de l’Éducation  » ou « Internet »... Certes mais quand l’Internet est capricieux, qu’il n’y a pas de laboratoire multimédia disponible, que les salles d’informatiques ne disposent pas des logiciels nécessaires ou de casques ou autres matériels indispensables, comment faire ?
Puisque la tâche parait si intiment liée à l’utilisation de l’Internet en classe et qu’il m’est impossible d’avoir accès aux ordinateurs de l’école, je vais me contenter _ d’applaudir les collègues qui s’ingénient à trouver de belles activités mais rester à mon quotidien du livre et de la méthode maintes fois utilisés...

Hem hem... si la notion de tâche a fait un bond en même temps que la « publicité » pour l’intégration des nouvelles technologies dans le quotidien de la classe, il n’en demeure pas moins qu’il est tout à fait possible d’utiliser d’autres ressources pour faire accomplir des tâches... Lesquelles ?
Les documents authentiques, les personnes, les ressources locales !

Pour éviter un long discours théorique, rien ne vaut un exemple pratique !

Les ouvrages présentent la France, la lointaine France, en oubliant au passage que le français est aussi la langue parlée dans d’autres pays...
Parler de la France à des adolescents ou des enfants, certes, cela ouvre les horizons et forgent les esprits à la découverte... mais tout cela reste assez théorique. Iront-ils un jour en France rencontrer des Français ? Ou est-ce qu’il ne parait pas plus plausible qu’ils encontrent des francophones chez eux ? Touristes ou échanges scolaires.

Partons donc de l’hypothèse qu’un échange scolaire est organisé avec une école - francophone, française, belge, suisse, canadienne... peu importe. Les francophones vont venir. Le but reste avant tout un échange culturel mais aussi linguistique. Il y aura donc des visites à organiser. La plupart du temps, celles-ci sont effectuées par les enseignants de français ou par un guide parlant français.
Et si les élèves grecs étaient impliqués de A à Z ?

Avant de chercher les différents objectifs linguistiques et communicatifs de cette tâche et donc de les considérer comme des élèves en apprentissage, considérons-les en tant qu’acteurs sociaux...
Leur tâche va être de chercher des informations sur leur ville, sur les sites à visiter et d’organiser un circuit touristique.

Cette tâche peut être effectuée à tous les niveaux de compétences. Les productions seront simplement plus complexes en B2 qu’en A2. Mais ce sont les élèves qui en seront les maitres du jeu pas l’enseignant. Celui-ci aura le rôle de guide, de conseiller et de soutien tout au long de la tâche. Il amènera les élèves à utiliser telle ou telle compétence en fonction de l’activité et de la production visée mais il ne sera pas le détenteur du savoir puisque les apprenants iront à la recherche des informations et que ce sont eux qui les mettront en forme.

Différentes étapes (ou activités) s’imposent.

- Première étape : se mettre d’accord sur le circuit et les monuments.
- Deuxième étape : aller chercher les informations là où elles se trouvent : office de tourisme, monuments, musées...
- Troisième étape : élaborer le circuit
- Quatrième étape : préparer les présentations et les explications.
- Cinquième étape : la réalisation :
* accueil du groupe et visites, les élèves sont les guides du groupe
* réalisation d’un cahier de visite avec les photos et les explications à donner à chaque francophone du groupe.
* s’il n’y a pas de groupe à accueillir, organisation d’une visite virtuelle dans les couloirs de l’école avec l’affichage des photos et des explications correspondantes.
* avec internet : mise en ligne de la visite virtuelle (présentation, blogue, journal, site...)

Le quotidien des élèves, c’est à dire leur lieu de vie, aura été pris en considération dans l’apprentissage. On ne les aura pas parachutés dans un autre monde entièrement fabriqué (qui vit comme les personnages des méthodes ?).

Passons maintenant aux différents objectifs.

Objectifs socio-communicatifsObjectifs linguistiques
suivant les niveaux :
- demander des informations
- se renseigner
- analyser les informations
- organiser les informations
- argumenter
- justifier
- préparer un évènement
- parler d’un monument, d’une personne, d’une ville
- décrire un monument, une personne
- donner des informations
- expliquer
suivant les niveaux :
- présent
- temps du passé
- indicatif
- passif
- pronoms relatifs
- phrases simples et complexes
- masculin et féminin
- adjectifs
- nombres
- dates
- lexique de la ville
- lexique architectural

Si la recherche de renseignements va se faire en grec, il s’agira de les redonner à la classe en français, d’analyser leur pertinence et de les organiser en français.
Les différentes activités auront donné lieu à la réalisation concrète d’un document en français. Les élèves n’en seront pas peu fiers.

Comme on le voit, une telle tâche ne nécessite pas forcément l’utilisation de l’Internet et qui plus est s’inscrit dans tout processus d’apprentissage progressif de par les différents objectifs socio-communicatifs et linguistiques.
Les différentes activités ne sont pas à considérer comme des productions de révision des connaissances mais comme point de départ à l’acquisition des compétences. En faisant réfléchir et déduire les élèves sur les manières de dire, de donner, de construire le message en français, ils apprendront sans s’en rendre compte. De plus, le but de cet apprentissage sera clair, immédiat et pratique.

Les élèves auront utilisé des compétences en langue maternelle pour accomplir une tâche en langue étrangère. Ils seront partis du connu pour aller à la découverte de la langue, pour la manipuler et construire du sens pour autrui. N’oublions pas cette dimension dans l’apprentissage d’une langue : la langue est avant tout un moyen de communication qui véhicule du sens et des messages.

L'auteur de cet article

Isabelle Barrière –  Enseignante et formatrice FLE Pédagogie ...