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La linguistique évolutive à côté de César

Comment les constatations de la paléo-génétique pour l’émergence du langage pénètrent les sanctuaires de la linguistique

Comment exactement nos ancêtres ont-ils commencé à parler ou à signer des langages et, surtout, pourquoi ? Y avait-il une seule origine du langage ? Ce sont des vieilles questions pas encore répondues. De nombreuses propositions ont été formulées, mais presque chaque aspect de l’évolution du langage fait l’objet de vives controverses. Une de ces controverses est de savoir si les premiers langages étaient le produit d’inventions conscientes ou, au contraire, ils ont émergé et se sont développés naturellement à travers un processus sur lequel les gens avaient peu ou pas de contrôle.

La ressemblance avec l’évolution biologique est frappante. La vie elle-même, a-t-elle évolué une ou plusieurs fois ? La présence du même ARN et ADN dans tous les organismes et homologies dans la machinerie de la transcription et de la traduction de l’ADN suggère qu’au moins toute la vie actuelle sur Terre a une origine commune. Bien évidemment la vie a évolué plus d’une fois mais tous les descendants de ces autres origines sont disparus et n’ont laissé aucune trace fossile ou autre.

Avec le langage, l’inférence est plus difficile parce que des caractéristiques telles que le vocabulaire et la grammaire changent trop rapidement pour être en mesure de relier toutes les langues du monde à une langue maternelle originale. D’autre part, tous les langages humains s’appuient sur la combinaison de sons pour faire des mots, beaucoup de ces sons sont communs parmi les langues, différentes langues semblent structurer sémantiquement le monde de manière similaire [17], toutes les langues humaines reconnaissent le passé, le présent et le futur et toutes les langues humaines structurent les mots en phrases (Greenberg, 1963). Tous les humains sont également capables d’apprendre et de parler les langues des uns et des autres (certains phones sont uniques à certaines familles de mais ce sont -probablement- dans la capacité de tous les locuteurs s’ils sont exposés à apprendre ce son au bon moment de la vie).

Les études suggèrent que les fondements anatomiques, neurologiques et physiologiques du langage sont partagés par toute l’humanité. Si la capacité de langage a évolué plus d’une fois, toutes les traces semblent avoir été perdues. Cette conclusion est étayée par les preuves du FOXP2 (tous les humains partagent le même gène dérivé, voir ci-dessous) (Deriziotis, 2017 ; Fisher, 2017 ; Mozzi, 2016) et par le fait que les données génétiques montrent tous les humains modernes descendant d’un ancêtre commun (Rosenberg, 2002)

Les questions et réponses suivantes visent à présenter au lecteur les données factuelles disponibles par rapport aux questions fondamentales de la linguistique évolutive et à démontrer notre propre -forte- conviction que les questions ontologiques concernant l’émergence et l’évolution du langage ne constituent pas un champ solide mais plutôt une approche interdisciplinaire.

Voila donc, les « Sept Péchés capitaux » de la linguistique évolutive sous la forme d’un questionnaire !

1. Que diable est la linguistique évolutive (la paléo-génétique aussi) et pourquoi un linguiste « fidèle » s’en soucie-t-il ?

La discipline de la linguistique évolutive (Hauser, 2007) vise à étudier exactement ça : identifier quand, où et comment le langage prend naissance, change et disparaît (Ke, 2006) et quelles sont les interfèrances entre l’acquisition du langage et la diversité langagière (Clark, 2003). Étant donné la difficulté de récupérer des comportements linguistiques à partir d’archives fossiles (Lieberman, 2006), on peut juste supposer à quoi ressemblaient les langues primitives des premiers hominini et quelles capacités ces hominini présentaient afin de les traiter. Par consequent, des études en linguistique évolutive, en particulier celles de l’origine des langages, ont été largement limitées à des données dans un temps synchronique. Cependant, la perspective interdisciplinaire du domaine nous permet, dans une certaine mesure, de surmonter ce problème, en nous basant sur des preuves empiriques obtenues par d’autres disciplines.

Les questions fondamentales qui cherchent des réponses à travers la linguistique évolutive sont les suivantes :

- Comment le langage existe-t-il chez les êtres humains ?

Notons que par “langage”, on signifie deux choses différentes en même temps : a) la capacité biologique du langage (Chomsky, 1986 ; Pinker, 1990 ; Hurford, 2012 ; Lieberman, 2006), qui comprend les fonctions élémentaires de certains organes physiques et des compétences cognitives pour le traitement des matériaux linguistiques (canal vocal-auditif, mémoire associative etc.) et b) les idiolectes et le langage communautaire (Kirby, 2007 ; Mufwene, 2008)

- Qu’est-ce qui évolue durant l’évolution du langage ?
Il existe des propriétés invariantes observées à travers les langages et ces caractéristiques particulières de la structure et de l’usage linguistique qui sont présentes dans la plupart des langues du monde, mais pas nécessairement dans toutes, sont considérées comme des universaux linguistiques (Greenberg, 1963 ; Christiansen, 2003a). L’étude des universaux et de leurs causes peut nous renseigner sur l’évolution du langage, ses restrictions et son lien avec d’autres capacités du cerveau humain.

- Comment pouvons-nous tracer l’évolution du langage ?

Il y a trois échelles de temps proposées par Wang (1991) in Gong (2014), pour tracer l’évolution du langage :

• L’échelle de temps de la micro-histoire, couvrant une très courte période de temps, en années ou décennies, similaire à l’échelle de temps synchronique définie par la linguistique historique. L’acquisition du langage a lieu souvent dans cette échelle de temps.

• L’échelle de temps de la méso-histoire, couvrant des siècles ou des millénaires, similaire à l’échelle de temps diachronique ou glossogénétique de la linguistique historique. Les changements diachroniques et le contact linguistique peuvent se concurrencer dans cette échelle de temps.

• L’échelle de temps de la macro-histoire, dépassant la période de temps que les méthodes actuelles de la linguistique historique peuvent nous amener, similaire à l’échelle de temps phylogénétique définie initialement par la biologie. Cette échelle de temps peut être atteinte via des techniques en archéologie, anthropologie ou génétique. L’origine du langage peut être étudiée dans cette échelle de temps.

Il est clair que ces questions doivent s’appuyer sur une recherche linguistique solide, et celle-ci doit dépasser ses frontières traditionnelles afin de contribuer de manière convaincante à la compréhension de l’évolution du langage. Au lieu de se concentrer uniquement sur la liste des éléments possibles qui peuvent être présents dans une langue, on est invité à chercher d’où proviennent ces éléments. Et plutôt que de supposer qu’un utilisateur ne doit connaître qu’un seul système de langage statique, on est invité à rechercher quels mécanismes cognitifs permettent aux locuteurs et aux auditeurs de participer à la dynamique linguistique évolutive, comment l’apprentissage social a lieu, comment les utilisateurs peuvent garder et suivre la variation dans l’utilisation du langage, comment le succès communicatif renvoie dans les changements de mémoire afin que les expressions linguistiques plus adaptées prolifèrent et, le plus fascinant de tout, comment de nouvelles innovations linguistiques peuvent apparaître et se propager.

2. Chomsky pose une question légitime : “Why only us ?” (Berwick, 2017)

Il semble que l’évolution du langage nécessitait, à un certain point, un déplacement de la communication référentielle s’éloignant des signaux isolés non appris appliqués par les animaux et arrivant à des événements concrets du présent vers une forme de communication générale, flexible, apprise et transmise socialement, infiniment combinable et fonctionnellement non contrainte (Fitch, 2010). Les scénarios expliquant comment et pourquoi cette transition vers l’émergence du langage naturel s’est produite sont nombreux (Laland, 2014 ; Lotem, 2017 ; Hauser, 2014 ; Burling, 1993) : le langage a évolué pour faciliter la chasse coopérative, comme substitut aux soins, pour favoriser la liaison entre couples, pour faire des commérages sur les autres, comme un outil de pensée, ou pour effectuer d’autres innombrables fonctions ou objectifs. La richesse des divers récits historiques est suffisante pour que certains chercheurs soient profondément sceptiques quant à la valeur d’une telle théorie.

En outre, le langage humain présente une multitude de fonctions distinctes, ce qui montre que, pour n’importe quelle raison le langage complexe a évolué d’abord, il aurait été coopté pour des usages non liés à sa fonction originelle. La distinction entre un véritable scénario sélectif et l’exploitation subséquente de ce qui est sûrement l’une des caractéristiques les plus flexibles des êtres humains est extrêmement difficile. Néanmoins, des critères peuvent être utilisés pour permettre aux chercheurs de juger le mérite relatif des récits historiques alternatifs sur la fonction originelle du langage. Selon Laland (2017), il y a sept critères que les chercheurs devraient prendre en considération lorsqu’ils évaluent des théories alternatives pour l’avantage adaptatif originel conféré par les premières formes de langage :

(1) La théorie doit expliquer l’honnêteté du premier langage. Cette approche considère le langage humain comme un dispositif de signalisation unique, pauvre et flexible, permettant aux humains de s’engager dans des « conversations pauvres » dans un éventail de circonstances sans précédent. Cependant, si les mots sont faciles à produire, quelle est l’incitation à apprendre des milliers de mots si l’on ne peut pas être certain qu’ils transmettent réellement un message précis et significatif ? Cette contrainte implique que les chercheurs devraient préférer les théories qui proposent un contexte d’évolution du premier langage dans lequel il n’y aurait pas de conflit d’intérêt entre le signaleur et le récepteur, ou dans lequel la fiabilité des signaux pourrait facilement être évaluée (Szamado, 2006).

(2) La théorie devrait expliquer la coopération du premier langage. Dans de nombreux actes de communication linguistique, l’émetteur communique des informations qui profitent au récepteur, ce qui soulève la question de savoir ce qu’il contient l’information pour l’émetteur. La théorie réussie doit expliquer pourquoi, au moment des origines du langage, un individu ferait tout son possible pour aider un autre individu en lui transmettant des informations.

(3) La théorie devrait expliquer comment les premiers langages ont pu être adaptatifs dès le début. Bickerton (1992) encadre cette contrainte sous la forme d’un « test de dix mots » : un défi pour toute théorie de l’évolution du langage est d’expliquer ce qui pourrait être dit de façon utile juste en quelques mots.

(4) La théorie devrait expliquer le fondement des symboles. Il doit y avoir une explication sur la raison et la manière que les premiers mots peuvent acquérir leur sens, par exemple, à travers le pointage, l’imitation ou une certaine forme de représentation.

(5) La théorie devrait expliquer la généralité du langage. Le langage est caractérisé par l’ampleur et le pouvoir de la généralisation qu’il confère. Les humains peuvent transmettre des informations sur le passé et le futur, ainsi que des événements ou des objets éloignés dans l’espace.

(6) La théorie devrait expliquer le caractère unique du langage humain. Une théorie convaincante de l’évolution du langage doit expliquer pourquoi le contexte qui a favorisé le langage chez les humains n’a pas émergé ou n’a pas favorisé l’évolution du langage chez d’autres espèces (Hurford, 2014).

(7) La théorie devrait expliquer pourquoi la communication devait être apprise. Laissant de côté le rôle de la structure évoluée dans l’acquisition du langage, le langage humain est appris socialement. Étant donné que la communication entre les primates non humains est largement non apprise (Fitch, 2010, Hurford, 2014), la question se pose : à quoi le langage était-il nécessaire, pour qu’il soit à la fois socialement appris et en évolution rapide ? La théorie propose que la transmission culturelle soit favorisée dans des environnements variables, tandis que le comportement non appris évolue dans des conditions plus constantes (Feldman, 1996). Cela implique que les sujets dont les humains devaient parler changeaient à un rythme significativement plus rapide que celui des autres singes. Évidemment, cela nous amène à la question suivante : de quoi nos ancêtres avaient-ils besoin de parler, qui changeait si vite ?

3. Alors, quand le langage humain a-t-il evolué ?

Personne ne sait avec certitude quand le langage a évolué, mais les données fossiles et génétiques suggèrent que l’humanité peut probablement remonter à des populations d’Homo sapiens anatomiquement modernes (des gens qui ressembleraient à vous et à moi) qui ont vécu il y a 150.000 à 200.000 ans en Afrique de l’Est ou peut-être du Sud (Everett, 2017 ; Klein, 2017). En raison du fait que tous les groupes humains ont une langue, le langage lui-même, ou au moins la capacité pour cela, a probablement au moins 150.000 à 200.000 ans. Cette conclusion s’est appuyée sur des preuves de comportement abstrait et symbolique chez les premiers hommes modernes, en prenant la forme de gravures sur ocre rouge (Henshilwood, 2002 ; 2009).

Les données archéologiques révèlent qu’il y a environ 40.000 ans, l’art et d’autres objets culturels ont fleuri pendant la période des humains modernes, ce qui a amené certains archéologues à suggérer qu’un changement génétique tardif dans notre lignée a donné naissance au langage à ce moment-là (Klein, 2017 ; Tatersall, 2017). Mais ces données viennent principalement des sites européens et on a donc du mal à expliquer comment la capacité linguistique nouvellement évoluée a trouvé son chemin dans le reste de l’humanité qui s’était dispersée d’Afrique vers d’autres parties du globe il y a environ 70.000 ans.

4. Les preuves génétiques peuvent-elles déterminer avec précision quand le langage a évolué ?

Bien sûr ! Les humains modernes et les Néandertaliens partagent une version dérivée d’un gène de facteur de transcription connu sous le nom de FOXP2 qui diffère de celui de chimpanzé par deux remplacements d’acide aminé (Fisher, 2009 ; Mozzi, 2016). Le FOXP2 influence le contrôle moteur fin des muscles faciaux nécessaires à la production de la parole (Deriziotis, 2017). En effet, l’insertion de cette forme dérivée chez les souris les fait couiner différemment (Graham, 2013 ; 2015). Cependant, malgré des séquences primaires identiques à celles des Néandertaliens, les humains modernes ont acquis des changements dans la régulation de leurs gènes FOXP2 qui semblent provoquer une expression différente de leur FOXP2 par rapport aux Néandertaliens (Maricic, 2013), et ces différences d’expression sont prononcées dans les neurones du cerveau. La combinaison de ces indices génétiques avec les différences de comportement symbolique et culturel qui ressortent des archives fossiles suggère que le langage est apparu dans notre lignée quelque temps après notre séparation de notre ancêtre commun avec les Néandertaliens, et probablement il y a 150.000 à 200.000 ans.

5. La paléontologie génétique pourrait-elle nous dire si le langage est plus ancien que l’espèce humaine ?

Les données moléculaires provenant d’anciens hominini offrent une source complémentaire pour acquérir des connaissances sur la biologie du langage (Fisher, 2017 ; Deriziotis, 2017). Il y a quelques années, les approches génomiques comparatives présentaient certaines limites dans l’explication de l’émergence des traits humains, car ces méthodes devaient se concentrer, en grande partie, sur les espèces existantes. Les comparaisons de la séquence du génome nucléaire humain avec celle des primates non humains ont permis aux chercheurs d’assembler un catalogue assez complet de caractéristiques génomiques dérivées, qui est pratiquement tout changement qui s’est passé dans notre lignée après la séparation de l’ancêtre commun avec la lignée chimpanzé, il y a des millions d’années (Fisher, 2006).

Cependant, le nombre de ces caractéristiques est énorme (des millions de changements mononucléotidiques et indels) et c’est un travail difficile de déterminer lesquels de ces nombreux changements génomiques différents étaient fonctionnellement liés à l’évolution des compétences linguistiques. Les analyses de la variation dans les populations humaines peuvent aider des régions proches au niveau évolutif, par exemple, en identifiant des signatures de sélection dans le génome (Fisher, 2017 ; Deriziotis, 2017). Essentiellement, le progrès dans NGSa permis aux anthropologues moléculaires de déterminer des séquences génomiques relativement complètes chez les Néandertaliens et les Denisovans, des hominini archaïques qui ont divergé de notre propre lignée il y a 400-500.000 ans (Prufer, 2014). De telles données permettent de dater plus précisément les événements évolutifs, en identifiant des sous-ensembles de changements génomiques qui se sont passés après la séparation des humains anatomiquement modernes des lignées Néandertaliennes / Denisovan.

De plus, ce type d’analyse génomique a révélé l’existence de croisements entre les premiers humains modernes et les hominini archaïques, de sorte que jusqu’à 4% des génomes des non-Africains constituent des fragments introgressés de Néandertaliens (Klein, 2017 ; Deriziotis, 2017 ; Everett, 2017). Mettant de côté les débats sur la suprématie linguistique (ou son absence) des Néandertaliens, il sera intéressant à l’avenir d’intégrer les données de la génomique comparative aux résultats des études de cartographie génétique des phénotypes liés au langage (Fisher, 2017). La recherche sur le FOXP2 soutient fortement ceci. Dans un contexte de conservations sur divers vertébrés, le FOXP2 a subi plusieurs événements évolutifs intrigants sur la lignée qui a conduit à l’homme moderne, y compris deux substitutions d’acides aminés après séparation de la lignée chimpanzé (Enard, 2009), et au moins un changement réglementaire putatif de la lignée Néandertalienne / Denisovan (Klein, 2017 ; Maricic, 2013). La signification fonctionnelle de ces changements évolutifs est toujours ouverte à l’investigation empirique dans les systèmes modèles.

6. Quel genre de caractéristiques évolutives partagent les gènes et le langage ?

L’évolution linguistique et biologique partagent les caractéristiques au-delà de la descente avec la modification et la sélection, y compris les mécanismes de mutation et de réplication, de spéciation, de dérive et de transfert horizontal (Pagel, 2009, voir Table 1). À un niveau plus profond, les gènes et les langages peuvent être représentés comme des systèmes numériques d’héritage, construits sur la transmission de fragments discrets d’information - gènes dans le cas des organismes biologiques et de mots dans le cas du langage. Les gènes comprennent à leur tour des combinaisons des quatre bases ou nucléotides (A, C, G, T) tandis que les mots peuvent être modélisés comme comprenant des combinaisons de sons discrets ou de phones. Nous devrions considérer le langage comme un système de transmission d’informations qui équivaut à « l’ADN sonore ». Même le phénomène particulier de l’évolution concertée en génétique - où un remplacement nucléotidique à un site spécifique dans un gène est rapidement suivi par le même remplacement de nucléotide au même site dans d’autres gènes, généralement liés- est également observé dans le langage et est connu comme changement de son régulier (p.ex. le changement du son p → f dans les langues germaniques où un ancien son indo-européen pa été remplacé par un f, comme dans pater → father, ou pes, pedis → foot)

7. Au bout du compte, Chomsky avait-il raison ou pas ? L’évolution du langage est-elle une évolution biologique ?

On cite Pagel (2009) pour répondre à cette question et on est en faveur de sa conception :

« Pour les généticiens, ou pour toute personne intéressée par l’évolution, les similitudes entre l’évolution linguistique et génétique devrait être impressionnante, et d’autant plus parce que le langage est un réplicateur culturel plutôt que physique, sans mécanismes de correction d’erreur intégrés et potentiellement soumis à des effets beaucoup plus importants de l’emprunt et d’autres influences qui pourraient corrompre son signal. Comme les génomes, nous observons que les langues aujourd’hui sont les survivants d’un long processus qui ont été essayées et testées par leurs locuteurs. Comme les génomes, nous pouvons supposer que nous avons retenu ces langues qui s’adaptaient le mieux à nos esprits, et cela peut être la raison la plus évidente pour laquelle nous les trouvons faciles à apprendre et à utiliser. Pour qu’un système de langue survive, il doit s’adapter en tant qu’ensemble cohérent, et cela régit les combinaisons probables des éléments de langage, qu’ils soient des mots, de la grammaire, syntaxe ou morphologie. Ces restrictions fonctionnelles sur les langues combinées avec l’observation de haute fidélité dans la transmission des éléments linguistiques signifient qu’il y a beaucoup moins de langues et moins de diversité linguistique qu’il en aurait été autrement possible. Certaines de ces langues sont-elles en quelque sorte mieux que d’autres ou en quelque sorte mieux adaptées à leurs propres locuteurs, ou les langues existantes représentent-elles des résultats alternatifs et également fonctionnels du processus d’évolution linguistique ? Ce sont les nombreuses différences entre ce que nous voyons et ce qui est possible qui révèlent les façons dont les langues s’adaptent. Comment elles le font et pourquoi, c’est un domaine qui est très prometteur pour notre meilleure compréhension de ce trait humain unique en tant que système complexe et évolutif adaptatif. »

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L'auteur de cet article

Vicky Valla –  Ph.D. in Medicinal Chemistry - Translations ...